Rapport de terrain-1986
(première partie)
par
Jean-Luc Pilon
Archéologue du PIPGN
Musée canadien des
civilisations
Numéro de terrain:
86JLP-1
Code Borden: MlTk-8
Localisation: lac à la Truite
Des pierres éclatées par le feu
furent
notées, gisant en partie à la surface de la couche végétale. Des
sondages restreints livrèrent deux petits éclats en chert, dont
un est
altéré par le feu, un éclat en pierre métamorphique et un menu
fragment
d'os brélé. Le site se trouve du côté ouest du replat de la
deuxième
pointe située à l'est du ruisseau menant au lac à l'Aigle, sur la
rive
nord du lac à la Truite. Les vestiges ont été observés à une
vingtaine
de mètres du rebord de la terrasse de 5-6 m (au-dessus du niveau
du
lac).
Numéro de terrain: 86JLP-2
Code Borden:
MlTk-6
Localisation: lac à la Truite
Du côté sud du rétrécissement de la partie ouest du
lac, il
y a un ancien déversoir délimité par une série de collines
allongées.
La longue pointe qui s'avance à partir de la côte sud est une
colline
très étroite avec une pente raide de chaque côté. Un sentier
très
distinct suit la crête de la colline et semble servir
principalement aux
caribous. Tout juste à l'est de cette colline se trouve un petit
vallon
délimité à l'est par une autre colline étroite. C'est sur la
crête de
cette deuxième colline que nous avons noté des vestiges
préhistoriques
et historiques.
Des traces d'occupation préhistorique ont été observées
dans
trois sondages restreints creusés sur le replat qui n'atteignait
pas
plus de 5 m de largeur. L'altitude de l'endroit se situe entre
20 m et
30 m (au-dessus du niveau du lac). Des pierres éclatées gisaient
dans
l'humus sous la tourbe ainsi que dans le sable roussi
sous-jacent. Deux
petits éclats en chert, dont un altéré par le feu, ainsi qu'un
éclat en
pierre métamorphique et un fragment d'os brélé furent recueillis.
De
plus, quelques souches coupées à l'herminette ont été observées
dans le
fond du petit vallon.
En direction du lac, c'est-à-dire vers le nord, la crête de la
colline plonge vers l'eau. A mi-pente il y avait un léger replat
où se
trouvait une structure effondrée, construite de perches
d'épinettes.
Elle consistait d'éléments allongés sur une longueur d'environ 10
m avec
des perpendiculaires à intervalles de 3-4 m ainsi qu'aux
extrémités,
donnant à l'aménagement une largeur de 1.5-2.0 m. Les extrémités
de la
structure étaient bien enfouies dans la mousse. Les bouts de
certaines
perches semblaient avoir été coupés à la hache.
L'altitude de cette localité est d'environ 15 m
au-dessus du
niveau du lac.
Numéro de terrain: 86JLP-5
Code Borden: MlTk-7
Localisation:
lac à la Truite
Les restes d'un emplacement de tente et d'une cache qui
était jadis élévée au-dessus du sol ont été notés sur la basse
terrasse
du côté ouest de la petite baie, à l'ouest de la pointe où se
situe le
site MlTk-2. Ces vestiges reposaient en surface, sur une légère
pente,
à moins de 10 m des eaux du lac. L'emplacement de tente est
délimité
par des perches formant un carré mesurant environ 3 m x 2.5 m. A
environ 3 m de cette structure, une deuxième, composée de perches
placées l'une à côté de l'autre, formait une plateforme,
maintenant
effondrée, mesurant environ 2.5 m x 1 m. Aucun artéfact ne fut
noté en
surface.
Numéro de terrain: 85JLP-38
Code
Borden: MlTk-2
Localisation:
lac à la Truite
Le déversoir du lac à la Truite se trouve du côté nord
du
rétrécissement occidental. La rive gauche de la source de ce
ruisseau
est formée d'une terrace sur laquelle nous avons trouvé le site
MlTk-2
en 1985. Des vestiges
d'occupations récentes et
préhistoriques avaient été notés mais, au moment de leur
découverte, ces
derniers ne parurent pas très importants (Pilon 1985:28).
D'après l'échéancier que nous nous étions fixé pour le
déroulement de la saison 1986, nous avions l'intention de sonder
deux
sites dans le voisinage du rétrécissement, à savoir les sites
MlTk-3
(85JLP-39) et MlTk-4 (85JLP-44). La pointe, au rétrécissement,
offrait
l'avantage d'un bon endroit pour établir notre camp, ainsi que
des eaux
profondes qui permettraient l'amerrissage facile de l'hydravion.
Nous
ne nous attendions pas à y trouver des traces d'occupations
préhistoriques importantes.
En 1985, un seul endroit, vers
l'extrémité est de la pointe,
avait fourni des traces de présence préhistorique. Ces vestiges
consistaient en quelques os calcinés, des pierres éclatées par le
feu et
deux éclats en chert. En installant notre camp sur cette pointe
le 20
juin 1986, il fut nécessaire
d'excaver une fosse pour fin de cuisine.
Ce travail nous permit de découvrir deux éclats en chert, dont un
est
lamellaire et retouché, ainsi que des vestiges historiques (15
tessons
de céramique et l'anneau de préhension d'une cannette de boisson
quelconque). De plus, dans le voisinage de notre tente de
cuisine,
plusieurs concentrations de pierres éclatées apparurent suite
au
piétinement de la végétation (on y retournera effectuer des
fouilles en
1987 et encore en 1991). Plus importante encore fut la
découverte
fortuite d'une structure de creusement près du rebord nord de la
pointe.
Cette première structure de creusement, la Structure No.1,
consiste en une dépression de forme ovale ceint d'un bourrelet
bien
défini. En plus, nous avons noté que plusieurs souches
d'épinettes
noires, apparemment coupées à l'herminette, se trouvent autour de
la
structure de creusement.
A une soixantaine de mètres à l'ouest de la Structure
No.1,
nous avons noté une seconde structure de creusement, la Structure
No.3,
cette fois moins bien définie. La dépression centrale est peu
profonde,
le bourrelet est plutôt flou de tous les côtés et les dimensions
sont
réduites. Néanmoins, il semble évident que cette structure est
d'origine anthropique. Tout comme la Structure No.1, des souches
coupées à l'herminette ont été observées de toutes parts dans le
voisinage de cette structure.
Suite à l'inspection de la pointe à l'est de la
Structure
No.1, nous avons découvert une troisième structure de creusement.
Celle-ci (Structure No.2) se trouve au sein d'une concentration
de
souches coupées à l'herminette.
Il est peut-être important de souligner ici que la
correspondance entre des concentrations de souches coupées à
l'herminette et des structures de creusement n'est pas parfaite.
Il y a
beaucoup de souches de ce genre tout le long du côté sud de la
pointe
mais malgré un effort soutenu, nous n'avons pas pu y trouvé de
structures de creusement. Cependant, nous y avons trouvé des
aires de
concentration de pierres éclatées par le feu. Nous n'avons pas
noté de
telles aires du côté nord de la pointe. Il semble donc que
l'existence
de souches coupées à l'herminette peut signaler une présence
préhistorique. Cependant, ceci ne permet pas d'inférer la nature
des
vestiges.
Structure No.1
Cette structure de creusement consiste en une dépression
ovale ou sub-rectangulaire mesurant environ 3.5 m de longueur et
2.5 m
de largeur. La dépression est entourée d'un bourrelet de terre
qui se
distingue mal aux extrémités. La surface de la végétation au
centre de
la dépression se trouve à environ 1-1.25 m sous le point le plus
haut du
bourrelet.
Trois sondages furent pratiqués, un à l'intérieur de la
dépression (A) et deux sur le bourrelet (B, C). Le sondage B fut
éventuellement élargi afin de former une tranchée entre le
sondage A,
situé au centre de la dépression, et le bourrelet. De cette
façon nous
espérions étudier et documenter la relation stratigraphique entre
la
dépression, le bourrelet et la surface originale du site.
- A) Sondage A
Ce puits d'un mètre carré fut établi en plein centre de
la
dépression. Celle-ci apparaissait plutôt comme une fosse étroite
à
parois obliques, d'inclinaison plus ou moins raide. En plaçant
ainsi le
puits, nous voulions exposer une coupe à l'intérieur de la
structure qui
servirait à élucider la nature de la construction et de la
fonction de
cette structure de creusement.
Le travail de sondage fut très lent en raison de la
présence
du pergélisol à une dizaine de centimètres sous la surface de la
sphaigne qui recouvrait la dépression.
L'épaisseur de la sphaigne variait remarquablement.
Tout au
long de l'axe longitudinale de la dépression, la tourbe
atteignait plus
de 20 cm d'épaisseur. Le long des parois de la dépression,
l'épaisseur
de la tourbe diminuait pour atteindre environ 10 cm du côté nord
de
l'unité.
Encore plus au nord, dans la tranchée, la végétation
devenait de plus en plus dominée par les herbes et le lichen. De
ce
côté, la tourbe reposait sur des dépôts de sable avec gravier qui
s'amenuisaient vers l'intérieur de la dépression. Ceux-ci ne
disparaissaient pas complètement mais semblaient mêlés à l'épaisse
tourbe
de sphaigne.
Sous le sable/gravier, dans la partie sud de
l'extension
de l'unité B, il y avait un humus mince (3-5 cm) qui se terminait
tout
juste avant le mur nord du puits A. Ce point représente donc
l'extrémité nord de l'excavation originale par les occupants de
la
structure.
Les deux couches sous-jacentes à l'humus dans
l'extension de
l'unité B n'ont pas été perturbées par l'occupation. La première
s'agit
d'un sable fin orangé. Ce sable reposaient sur un sable/gravier
brun
d'une profondeur inconnue. Ces deux couches pourraient nous
renseigner
sur les origines de la terrasse et sur le développment des sols,
mais
faute d'étude pertinente, il suffit de souligner que ces couches,
ainsi
que l'humus sous les dépôts du bourrelet, sont des couches
naturelles
prédatant la construction de la structure de creusement (voir la
discussion de l'untié B ci-dessous).
Pour en revenir à la stratigraphie de l'unité A, notons
que
l'interprétation de la séquence est problématique. Cet état de
chose
est dé en partie à la présence de pergélisol qui nous a empêché de
compléter la fouille, ainsi qu'au manque d'indices plus tangibles
d'une
intervention humaine.
Nous avons déjà noté que la base de la tourbe incorpore
du
sable et des galets qui proviennent vraisemblablement du
bourrelet.
Cette dégradation se serait produite après l'abandon de la
structure.
La prochaine couche est constituée d'un sable dont la couleur
variait du
brun à l'orange. Cette couche paraît être une continuation du
sable fin
orangée sous le bourrelet, mais diffère en texture ainsi qu'en
couleur.
Pour l'instant, faute d'une stratigraphie plus complète, il est
possible
d'avancer la proposition suivante, relative à l'origine et à la
nature
de cette couche qui se trouve de chaque côté de l'unité: ce
sable, qui
ressemble au sable basal, mais qui paraît avoir été remanié,
aurait servi
comme isolant posé sur le toit de cette structure, qui était sans
doute
construit de perches. Suite à l'abandon de l'habitation, ce
toit,
fabriqué de tourbe et de sable posés sur des perches, s'est
lentement
détérioré, et le sable et la tourbe tombant entre les perches ont
formé
une couche distincte à l'intérieur de la structure.
B) Sondage B
Cette unité de sondage (50 cm x 50 cm) fut placée sur
la
partie nord du bourrelet. La couche végétale relativement mince
(5-7
cm), était sus-jacente à un niveau de sable/gravier gris-brun
de forme
lenticulaire aplatie (maximum 20-25 cm) qui était séparé du sable
basal
orangé par une mince couche d'humus discontinue (1-2 cm). Il
semble
donc possible qu'on ait d'abord enlevé la tourbe avant de déposer
le
matériel du bourrelet.
L'extension de l'unité B vers l'extérieur du bourrelet,
c'est-à-dire vers le nord, nous permet d'affirmer
qu'effectivement la
mince couche d'humus sous le bourrelet consiste en la
continuation de
l'humus qui se trouve immédiatement sous la tourbe à l'extérieur
du
bourrelet. Les dépôts du bourrelet sont de plus en plus minces
vers le
nord jusqu'à un point où la végétation moderne et l'humus enfoui
sous le
bourrelet, se rejoignent.
En étendant la tranchée vers l'unité de sondage A,
c'est-à-dire vers le sud, nous avons noté l'amincissement des
dépôts du
bourrelet dans cette direction. De plus, la mince couche d'humus
se
terminait à la même position que les dépôts du bourrelet. La
largeur du
bourrelet a été estimée à environ 1.4 m.
Sous les dépôts de bourrelet, reposant sur la mince
couche
d'humus, nous avons mis au jour les restes d'une perche (diamètre
environ 5-7 cm) qui gisait parallèle au bourrelet, à une
trentaine de
centimètres du rebord de la dépression. S'il y a eu préparation
d'emplacement par les préhistoriques, impliquant l'enlèvement de
la
tourbe, cette perche peut donc avoir servi d'élément structural,
puisqu'elle aurait été posé après le travail préparatif.
C) Sondage C
Le sondage C (50 cm x 50 cm) fut localisé sur le
bourrelet à
l'extrémité est de la structure de creusement. Tel que déjà
noté, les
dépôts du bourrelet paraissaient être très minces sinon
inexistants aux
extrémités. Nous voulions donc vérifier cette observation avec
le
sondage C.
La couche végétale était composée surtout de mousse et
avait
une épaisseur d'environ 5 cm d'épaisseur. Elle recouvrait une
couche de
sable avec galets atteignant environ 10 cm d'épaisseur. Sous
celle-ci,
un mince humus noir (4 cm) reposait sur un sable fin basal
orangé.
La superposition des couches dans l'unité C suit de
près
celle exposée dans l'unité B. Quoique nous n'avons pas étendu ce
sondage vers l'extérieur de la dépression, les dépôts de sable
avec
galets de l'unité C semblent correspondre aux dépôts de bourrelet
notés
dans l'unité B.
D) Datation
Tout juste à côté de l'unité de sondage C, il y avait
une
épinette noire qui poussait sur le bourrelet aplati à l'extrémité
est de
la structure de creusement. Nous avons coupé cet arbre et
prélevé une
section du tronc pour en déterminer l'âge qui s'est avéré être
156 ans.
Cet arbre aurait donc commencé à croître vers l'an 1830 de notre
ère.
L'occupation de l'habitation serait donc antérieure à cette
date.
Structure No.2
La Structure
No. 2 est la plus grande des trois structures de
creusement du site. Elle est caractérisée par un bourrelet
périphérique
entourant une dépression plus ou moins rectangulaire. Les
dimensions de
la dépression sont environ 4 m x 6 m x 0.3 m. La végétation à
l'intérieur consiste en un épais tapis de sphaigne. La
dénivellation
entre le bourrelet, dominé par des lichens et des herbes, et
l'intérieur
de la dépression, dont le couvert végétal est composé de
sphaigne,
semble atténuée par l'épaisseur de la mousse. Le
contraste entre la
végétation du bourrelet et celle à l'intérieur de la
dépression est en
partie responsable de la découverte. Aucun sondage n'y fut
entrepris.
Une des épinettes noires poussant sur le bourrelet du
côté
sud de la structure fut coupée et les anneaux de croissance d'une
section du tronc ont été comptés. Le décompte indique que
l'arbre était
âgé de 230 ans. L'abandon de la structure a donc eu lieu avant
l'an 1756
de notre ère.
Des fouilles systématiques y furent
pratiquées pendant la saison de fouille 1987 et en 1991.
Structure No.3
Tout comme les structures de creusement décrites ci-haut, la
Structure No.3 se compose d'une légère dépression ovale entourée
d'un
bourrelet atténué sur trois côtés et difficilement visible du
quatrième.
Les dimensions internes de la dépression sont environ 2.8 m x
2.0 m x
0.4 m. Le bourrelet atteint facilement 1 m de largeur. Au moins
une
souche d'épinette, apparemment coupée à l'herminette, poussait
sur le
bourrelet. Plusieurs épinettes noires vivantes entouraient la
structure. Une d'entre elle, qui était très près du bourrelet,
fut
abattue. En comptant ses anneaux de croissance, il fut déterminé
que
l'arbre occupait cet endroit depuis 164 ans, c'est-à-dire depuis
l'an
1822 de notre ère. La végétation dans la dépression
consistait d'un
épais tapis de sphaigne qui présentait le même problème de
pergélisol
noté dans les autres structures de creusement. Nos efforts pour
sonder
cette structure ne menèrent à rien en raison du peu de temps
disponible.
Cependant, la séquence stratigraphique qui commençait à se
dégager
ressemblait à celle notée dans la Structure No.1. A l'endroit du
présumé bourrelet, la stratigraphie était comme suit: 1-tourbe
avec un
niveau d'humus sous-jacent (2-5 cm), 2-sable brun-gris avec
galets (4-5
cm), 3-sable orangé
A l'extérieur du bourrelet les dépôts de sable
brun-gris
étaient absents et sous l'humus on tombait directement sur le
sable
orangé. La stratigraphie à l'intérieur du bourrelet n'a pas pu
être
déterminée.
Autre vestiges
Pendant notre séjour, nous avons, à plusieurs reprises,
exploré la pointe afin de détecter d'autres traces d'occupation
humaines. Nous avons pu ajouter à la carte plusieurs endroits où
des
pierres éclatées ont été décelées. A proximité des ces aires il
y avait
aussi des souches coupées à l'herminette.
En 1985, nous avions noté une cache à l'extrémité est
de la
pointe. Un nouvel examen de cette structure nous permet
maintenant
d'affirmer qu'il s'agit d'une structure de creusement renfermant
des
barils en métal de 45 gallons, du genre dans lequel on entrepose
les
carburants. Nous n'avons pas pu déterminer le nombre ni le
contenu de
ces contenants. Ces récipients ont été posées sur leur côtés
dans une
fosse profonde d'au moins 3 mètres. Ceux-ci furent ensuite
recouverts
d'une toiture en bois rond, d'une couche de terre et enfin le
tout fut
caché de vue avec des branches d'épinettes. L'érosion de la
terrasse à
cet endroit est lentement en train d'exposer la cache qui est en
partie
scellée par le pergélisol.
Des travaux additionnelles furent exécutés en 1987 et en 1991
