Rapport de terrain-1986
(deuxième partie)
par
Jean-Luc Pilon
Archéologue du PIPGN
Musée canadien des
civilisations
Numéro de
terrain: 85JLP-39
Code Borden: MlTk-3
Localisation: lac à la Truite
MlTk-3, lors de sa découverte en 1985, ne semblait pas être
une site très intéressant. Il est situé sur le rebord d'une
terrasse
(altitude 4.5 m par rapport au lac) de la côte nord de
l'extrémité ouest du
rétrécissement dans la partie occidentale du lac à la Truite.
Une cache
en terre y avait été trouvée ainsi que les restes d'un foyer et
un éclat
en chert (Pilon 1985:30). Au courant de l'hiver et pendant la
planification du terrain 1986, les photos et notes ayant trait à
ce site
furent réexaminées en raison des dimensions de la structure de
creusement. Ces mesures étaient nettement 4 fois celles des
caches en
terre que nous avions trouvées ailleurs dans la région et qu'on
pouvait
sans erreurs interprétées comme telles. La présence d'une grosse
pièce
de bois, encore en place dans la paroi de la dépression, nous
laissait
croire qu'il y avait des différences importantes entre les caches
en
terre que nous connaissions et cette structure de creusement. La
réévaluation de ce site était donc de rigueur.
La structure de creusement consiste en une dépression
rectangulaire, mesurant environ 2.75 m x 2.0 m, entourée d'un
bourrelet
dont la largeur moyenne se situe aux environs de 1.0 m. La
profondeur
de la dépression par rapport à la surface du sol avoisinant le
site est
environ 1-1.25 m. La hauteur moyenne du bourrelet est estimée à
20 cm.
La structure de creusement est située sur une légère
pente.
Ainsi, le côté nord est surélevée par rapport au côté sud. Des
possibles éléments structuraux en bois, maintenant la verticalité
des
parois sud et ouest, semblent toujours en place.
Nous avons établi trois unités de sondage. Deux puits,
mesurant 50 cm x 50 cm (unités A et B), ont été placés sur le
bourrelet,
pendant qu'une unité de 1 m x 1 m (unité C) a été fouillée au
centre de
la dépression.
Unité A
Cette unité a été située sur le bourrelet à l'extrémité
ouest de la structure de creusement. Ici, le bourrelet est plus
flou
qu'ailleurs mais tout de même une dénivellation est évidente.
La couche végétale consistait en des lichens, des mousses et
des herbes atteignant une épaisseur d'environ 5 cm. Cette couche
était
sus-jacente à un niveau de sable fin brun clair. Une possible
ébauche
d'outil en andouiller a été trouvée à la surface de cette couche
dans le
coin sud-ouest du puits. Tout près, un percuteur en pierre fut
découvert. Notons qu'il y avait plusieurs galets dans cette
couche qui
mesurait environ 5-10 cm d'épaisseur. La couche sous-jacente
était un
sable basal, un peu plus foncé, avec une plus grande teneur en
galets.
Unité B
L'unité B fut placée sur le bourrelet du côté sud, où
celui-ci était bien défini. La séquence stratigraphique était
très
semblable à celle de l'unité A avec, cependant, deux exceptions:
les
dépôts du bourrelet formaient une couche plus épaisse (maximum
15-20 cm)
et la transition entre les dépôts du bourrelet et le sol basal
était
marquée par la présence de fragments de charbon de bois à une
profondeur
d'environ 15 cm sous la surface. La pièce de bois notée le long
de la
paroi sud de la dépression, gisait au bas du mur nord de l'unité
B, dans
le fond des dépôts du bourrelet. Aucun vestige archéologique n'a
été
rencontré dans ce puits.
Unité C
Ce sondage fut compliqué par deux facteurs
imprévisibles.
Tout d'abord, la végétation qui s'était implantée dans la
dépression,
comme d'ailleurs dans presque toutes les autres structures de
creusement
que nous avons trouvées, était de la sphaigne. Cette mousse
retient une
grande quantité d'eau dans sa partie inférieure et, plus
important
encore, la capacité d'isolation de l'épais tapis de sphaigne est
telle
que le pergélisol se retrouve à 10-15 cm sous la surface. Donc,
la
fouille de l'unité a pris plus de temps que d'ordinaire et le
progrès de
l'excavation fut en partie déterminé par la distribution des
dépôts de
tourbe à l'intérieur du sondage.
La deuxième difficulté réside dans le fait que nous ne
savions pas à quoi nous attendre en matière de stratigraphie et
de
complexité structurale. La seule structure comparable, dans les
Territoires du Nord-Ouest, qui pouvait nous servir comme modèle,
se
trouve à Whirl Lake. La discussion de la stratigraphie et
surtout de la
répartition des éléments structuraux n'est pas très complète
(Gordon et
Savage 1973).
L'épaisseur de la tourbe variait énormément de part et
d'autre de l'unité C. La tourbe était plus épaisse (15-20 cm)
dans le
centre du puits, formant une fosse parallèle à l'axe principal de
la
structure. Le long du mur sud, cette couche mesurait environ 10
cm,
tandis qu'elle n'avait que 5 cm du côté nord de l'unité. En
plus, de ce
même côté, la couche végétale était composée surtout d'herbes et
ne
renfermait pas d'eau comme c'était le cas au centre. Au centre
du
puits, ainsi que du côté sud, plusieurs perches traversaient le
puits.
En général, celles-ci étaient orientées dans le sens de la
longueur de
la structure de creusement et se trouvaient au fond de la couche
de
tourbe. Plusieurs d'entre elles mesuraient plus de 10 cm de
diamètre.
Des vestiges organiques de ce genre, incluant des branches, se
trouvaient à tous les niveaux de la couche de tourbe dans la
fosse
centrale.
Au sud de la fosse centrale, la tourbe reposait sur une
épaisse couche de sable/gravier grossier. De l'autre côté
de la fosse, sous la mince tourbe, il y avait un niveau de sable
(5 cm)
suivi d'une mince couche humique. La couche sous-jacente était
un sable
fin ayant une répartition limitée. Enfin, le prochain niveau
était un
humus contenant des éléments vraisemblablement structuraux,
aplaties.
Le tout reposait sur un sable fin brun-orange.
À ce point de la fouille, nous croyions avoir atteint le sol
basal stérile. Nous pensions donc avoir mis au jour une fosse
centrale
qui suivait la longueur de la dépression de la structure. Les
parois de
cette dépression étaient verticales ou légèrement évasées. Or,
en
examinant le bas des parois de cette fosse, il fut remarqué
qu'une
couche de matière organique semblait s'étendre sous les "bancs"
de
chaque côté de la fosse. Ces dépôts de sable furent donc
rapidement
excavés pour révéler une couche recélant de débris organiques,
tels des
aiguilles d'épinette et des petits fragments de bois.
De plus, nous avons trouvé, surtout du côté nord, des
fragments d'écorce de bouleau, dont plusieurs portent des points
de
couture ou des traces de découpage. Sous les épais dépôts de
sable/gravier du côté sud, nous avons recueilli un os long
d'oiseau et
un fragment travaillé d'écorce de bouleau. Au même niveau, mais
dans la
fosse centrale, des os de poisson et un gros fragment d'écorce de
bouleau ont été trouvés. Malheureusement, le fragment d'écorce,
qui
reposait près du fond de la tourbe contre le mur ouest, a dû être
laissé
en place dans le mur ouest.
Il semble donc que les dépôts de sable fin ou de
sable/gravier
de part et d'autre de l'épaisse couche de tourbe au centre du
puits proviennent du toit de d'habitation. Leur position
sous-jacente à
ce qui semble correspondre à des restes structuraux de la
toiture, nous
porte à croire que ces dépôts peuvent avoir servi dans la
construction
du recouvrement de la structure semi-souterraine. Lors de
l'abandon de
la demeure, ces sédiments, retenus peut-être par de la tourbe
placée sur
des perches obliques, se sont graduellement insinués entre les
perches
pour se déposer sur le sol d'occupation.
Ce sol d'occupation n'est plus très niveau. Nous
pouvons
nous demander s'il ne l'a jamais été. Cependant, nous croyons
que la
répartition du pergélisol, en partie régie par la présence de
l'épaisse
tourbe, a pu occasionner la cryoturbation du sol d'occupation.
Ainsi,
le plancher d'occupation était entre 1.25 m et 2.0 m plus bas que
le
niveau actuel du bourrelet.
Datation
Nous avons abattu une épinette noire qui poussait sur
le
bourrelet à l'extrémité est de la structure afin d'en prélever
une
section. En laboratoire la section transversale du tronc fut
polie et
les anneaux de croissance comptés. Cet arbre avait 110 ans,
c'est-à-dire qu'il y poussait depuis l'an 1876 de notre ère.
Un échantillon de bois, prélevé de la couche organique
enfouie, qui est interprétée comme étant le sol d'occupation, fut
soumis
au Laboratoire de Datation au Radiocarbone des Musées nationaux
du
Canada et du Conseil de recherche du Saskatchewan. La date
obtenue est
480±90 B.P.(M.N.C.-1358, S-2840). D'après Klein et al.
(1982:143) l'âge
réel de cet échantillon se situe entre A.D.1320 et A.D.1605 avec
un
probabilité de 95%.
Autres vestiges
Quelques pierres éclatées par le feu furent découvertes
près
du rebord de la terrasse à environ 25 m au nord-est de la
structure de
creusement. Ces pierres, ainsi que les pierres éclatées par
le feu sur la pente à l'ouest de la maison semi-souterraine,
gisaient
dans la mince tourbe de mousses et lichens.
Nous avons trouvé les restes d'un emplacement de tente
historique récent ainsi qu'une cache surélevée à environ 65 m au
nord de
la structure de creusement. Ces vestiges sont situés une
trentaine de
mètres en retrait du rivage du lac, dans une forêt ouverte
d'épinettes.
Des travaux additionnelles furent entreprises sur ce site en 1987.
Numéro de terrain: 85JLP-44
Code
Borden: MlTk-4
Localisation:
lac à la Truite
La découverte, en 1985,
d'un
éclat lamellaire dans un sondage
du site MlTk-4, ainsi que l'altitude du gisement (6.3 m), nous
laissaient croire que ce gisement remontait au-delà de la période
préhistorique récente (Pilon 1985:31). Nous espérions donc
vérifier
cette proposition.
La mince couche végétale (2-3 cm) ne contenait que quelques
petits fragments de pierres éclatées par le feu. C'est plutôt la
couche
sous-jacente, un sable humique gris-brun à haute teneur en galets
qui
contenait la majorité des pierres éclatées. Cette deuxième
couche
s'étendait sur toute la surface de l'aire fouillée, mais était
plus
épaisse au centre de la concentration de pierres éclatées par le
feu, où
elle atteignait de 5 cm à 10 cm. Ailleurs, ce niveau ne mesurait
que
1-2 cm d'épaisseur.
Les deux couches suivantes consistaient en des
lentilles de
sable/gravier oxydé, superposées l'une sur l'autre. La plus
petite,
en superficie, était d'une couleur rouge foncée sur laquelle
gisaient
les pierres éclatées par le feu. Quelques concentrations d'os
calcinés,
pulvérisés furent trouvées dans cette couche.
La deuxième lentille de sable oxydé était d'une couleur
rouge-orange et se trouvait sous la couche rouge foncée. Ce
niveau
couvrait une plus grande surface mais, tout comme le précédent,
semblait
limité à la zone de pierres éclatées.
Enfin, la dernière couche stratigraphique était un
sable/gravier
doré sous les zones de sable/gravier oxydé et sous le niveau
humique à l'extérieur de la zone oxydée.
Très peu de vestiges ont été enregistrés. Seulement 7
pièces de débitage lithique furent trouvées. La plupart des
témoins
d'occupation sont des restes fugaces tels que le charbon de bois
et la
poudre d'ossements calcinés. Les vestiges fugaces étaient plus
nombreux
dans les sables oxydés mais le charbon de bois n'y était pas
restreint.
D'autres signes d'un feu se présentaient sous la forme d'une
profusion
de petits galets, vraisemblablement éclatées par le feu, qui ont
été
notés dans l'aire du foyer
Sondage restreint
Un sondage restreint, mesurant environ 50 cm x 50 cm,
fut
localisé sur le replat qui se trouve devant l'aire de sondage
principale, à une altitude de 4.42 m au-dessus du niveau du lac.
En
particulier, nous avons noté plusieurs grosses pierres, visibles
à la
surface du replat et des pierres éclatées par le feu, gisant dans
la
tourbe, éparpillées sur la pente, devant le replat.
L'unité de sondage chevaucha les restes d'une aire de
combustion. Sous la couche végétale, qui était dominée par la
sphaigne
et la mousse (10 cm), il y avait un humus un peu moins épais (5-7
cm).
D'un côté du puits, la couche sous-jacente consistait en un dépôt
de
sable fin brun pâle avec cendre et poudre d'ossements calcinés.
Ailleurs, sous l'humus, il y avait un niveau de gravier fin,
d'épaisseur
indéterminée, qui se trouvait aussi sous les dépôts du foyer.
En plus de la poudre d'ossements calcinés, nous avons
trouvé
deux fragments d'ocre rouge. En périphérie du foyer, dans les
premiers
centimètres du gravier basal, nous avons recueilli quelques
petits
éclats en chert et un outil sur galet.
Structure de creusement
La structure de creusement, mentionnée ci-haut, se trouvait
à 5-7 m derrière le sondage restreint. Cette structure était en
partie
cachée par un tronc d'arbre qui reposait sur l'extrémité nord de
la
structure. De plus, une épinette noire poussait sur le bourrelet
du
côté sud. Cet arbre fut coupé et une section du tronc fut
prélevée. Le
nombre d'anneaux de croissance révéla que cet arbre, qui était
vivant
lorsqu'il fut coupé, était dans sa 93ième année.
Le bourrelet de la structure est très bien défini sur
trois
côtés, mais est plus effacé du côté nord. En moyenne, le
bourrelet est
de 20-25 cm au-dessus du niveau du sol à l'extérieur de la
dépression.
Cette dernière est de forme ovale et ses dimensions internes sont
environ 2 m x 1.5 m x 0.5 m de profondeur. Aucun sondage n'a été
entrepris.
Autres vestiges
Ailleurs, sur la haute terrasse et sur le replat, des
pierres éclatées par le feu étaient visibles de la surface, mais
bien
ancrées dans la tourbe et le sol sous-jacent.
Sur le replat, au sud du sondage restreint, nous avons
noté
une structure effondrée, construite de pieux en pauvre état de
conservation.
On retourna à ce site en 1991.