Rapport de terrain-1986
(troisième partie)
par
Jean-Luc Pilon
Archéologue du PIPGN
Musée canadien des civilisations


Numéro de terrain: 85JLP-26
Code Borden: MlTj-2
Localisation: lac à la Truite


Le site MlTj-2 se trouve sur une projection du rivage sur le côté nord du rétrécissement au centre du lac à la Truite. En
1985, plusieurs vestiges d'occupation historiques et préhistoriques y avaient été identifiés dont le plus spectaculaire était un canot d'écorce (Pilon 1985:20-22).

En revisitant ce site, nous voulions examiner en détail ce canot d'écorce et évaluer son état de conservation. Les notes, que nous présentons ici, décrivent les pièces individuelles ainsi que leur juxtaposition, et tentent de reconstruire l'apparence de l'embarcation avant son effondrement. De plus, nous présentons quelques nouvelles observations, ayant trait à une dépression trouvée l'an dernier.

Afin de pouvoir reconstruire, sur papier tout au moins, le canot d'écorce, nous avons utilisé, comme outil de travail principal, l'appareil photographique. En principe, cette opération nécessite la photographie détaillée des différentes composantes de l'embarcation et la photographie verticale des pièces en place.

Pour obtenir les clichés à la verticale, j'ai construit un échafaud en coupant trois épinettes noires d'environ 5-7 m de longueur. Celles-ci furent attachées ensemble à leur cime puis érigées en trépied au-dessus de l'extrémité sud du canot. Un support horizontal fut aménagé à une hauteur d'environ 1.5 m afin de permettre la prise des photos à partir d'une même hauteur. Cette structure fut déménagée à sept reprises, toujours un peu plus au nord afin de photographier l'ensemble du canot et permettre ainsi un montage photographique.

La seconde étape consista en la prise de photos détaillées de tous les éléments identifiables. De plus, nous avons fait des croquis et enregistré des mesures précises afin de faciliter la reconstruction du canot. Dans plusieurs cas, par exemple, avec les varangues, il a fallu raccorder les fragments d'une même pièce. Tout en désirant obtenir le plus de renseignements possible relatifs à la construction du canot, j'ai essayé de maintenir l'intégrité du gisement en dérangeant le moins possible l'agencement original des pièces ou en les remettant à leur place suite à la prise des photos.

Observations générales

Tel que noté l'an dernier, le canot est plus ou moins complet. Il semble que l'embarcation fut tout simplement abandonnée sur place, en position normale; c'est-à-dire, à l'endroit. Ce fait est attesté par la présence des traverses et des varangues en position supérieure au revêtement d'écorce de bouleau.

D'après notre remontage photographique, la disposition des pièces paraît refléter leur position relative avant la désagrégation de l'embarcation; les divers éléments sont empilés comme un accordéon fermé. Cependant, il est évident que des bouleversements mineurs ont eu lieu. Par exemple, les lisses internes et la plupart des varangues sont brisées et les fragments un peu éparpillés. De plus, certains fragments de bois paraissent avoir été écrasés, possiblement par des animaux, ours, caribou ou orignal. L'état de conservation du canot s'est appauvri depuis l'an dernier.

Varangues

Lors de la découverte du canot, seulement une ou deux varangues étaient complètes. Cependant, il fut relativement facile d'en reconstruire plusieurs autres. L'échantillon de varangues complètes est ainsi passé à 9. Des fragments restants, 9 étaient des extrémités et 8 étaient des fragments dont les positions étaient incertaines. Ces fragments représentent probablement 5 varangues additionnelles pour un total de 14 varangues

Quelques varangues ont apparemment été fabriquées à partir de branches d'arbres (d'épinette?). Les autres ont des coupes transversales aplaties. La largeur des varangues n'excéde jamais 2 cm. On peut les caractériser comme étant étroites et minces.

Des neuf varangues reconstruites, quatre d'entre elles gardent leur forme originale. Les fonds et les côtés sont essentiellement plats. Deux des fonds sont légèrement arrondis. Rien n'indique que les côtés étaient cambrés; ils étaient plats et s'ouvraient obliquement vers le haut.

Les extrémités des varangues sont encochées à partir de la face intérieure, produisant ainsi une languette mince et souvent pointue qui était insérée entre la lisse interne et l'écorce de bouleau.

Le tableau ci-dessous présente les dimensions des côtés et des fonds, les angles entre les fonds et les côtés, et la largeur maximale du canot à l'endroit de la varangue en question, c'est-à-dire la distance entre les extrémités de la varangue. Je dois signaler que ces chiffres sont pris à partir des pièces reconstruites sur le terrain. Ces mesures ne tiennent pas compte de la déformation qui aurait pu avoir eu lieu depuis d'effondrement du canot. Les dimensions qui sont présentées ont été obtenues en tirant des droites le long de l'extérieur du fond et des côtés. La longueur des côtés et la largeur des fonds sont donc prises à partir de l'intersection de ces lignes et des extrémités des varangues. La longueur totale de la varangue est prise en suivant le contour extérieur de celle-ci.

Dimensions des varangues, MlTj-2
No. de varangueLongueur originale (cm)Largeur maximale (cm) Angle (deg)Largeur du fond (cm)Longueur des côtés (cm)
192.862.8115, 11535.829.8, 32.8
2102.273.5118, 11443.333.8, 33.5
3111.373.7107, 11944.338.3, 36.7
4113.288.4121, 12548.434.8, 36.8
586.3-155, 15139.823.2, 19.6
696.8-146, 11838.833.2, 28.6
7107.4-150, 12944.234.0, 32.3
8107.9-118, 16438.033.8, 39.4
9112.3-131-34.4

Étraves

Les deux étraves ont des formes et des dimensions identiques même si elles sont incomplètes. Les extrémités proximales étaient mal conservées à cause de leur enfouissement sous l'écorce de bouleau ou sous la végétation.

Ces étraves sont fabriquées en découpant une planche de bois de l'épaisseur requise. Le rebord extérieur consiste en deux parties. La première section est droite sur une longueur de 19.5 cm (étrave sud) et 22.0 cm (étrave nord). Quant à la seconde, elle est caractérisée par une courbure très marquée au début, devenant presque droite à l'extrémité proximale.

La courbe intérieure, qui s'étend de l'extrémité proximale jusqu'au pan d'attache (décrit ci-bas), est plus ou moins parallèle à la courbe extérieure. L'épaisseur de la planche, mesurée le long de ce rebord, était de 3.2 cm (étrave sud) et 2.0 cm (étrave nord). Dans les deux cas, le pan, formant l'extrémité distale des étraves, est légèrement plus large.

Les étraves servaient de points d'attache pour l'écorce de bouleau et les lisses. De plus, elles servaient à amortir l'impact sur la coque tout en présentant un rebord mince qui offrait un minimum de résistance. Ainsi, l'épaisseur de la cambrure s'amenuise vers le rebord convexe à partir de la rainure qui longe la ligne de perforations près du rebord concave. Cette trace est le résultat de la taille de l'écorce de bouleau aux bouts du canot.

La hauteur maximale de l'écorce aux extrémités du canot semble être indiquée par une encoche qui délimite un pan à l'extrémité distale des étraves. Ce pan mesure environ 10-11 cm de longueur et 3-4 cm de largeur. Des trous (2) d'environ 3-4 mm de diamètre furent percés aux extrémités supérieures. Ces pans auraient vraisemblablement servi de surfaces d'attache permettant de lier les lisses aux étraves à l'aide de petites chevilles de bois rondes.

Lisses

Les plats-bords du canot ne consistaient qu'en deux éléments majeurs, soit une lisse interne et une lisse externe. Ces pièces, en combinaison avec les traverses et les étraves, formaient la charpente qui déterminait et maintenait la forme élancée de l'embarcation.

Les lisses externes sont moins bien conservées que les lisses internes. On peut facilement différencier ces dernières par la présence de six mortaises chacune, destinées à retenir les traverses. Aucune mortaise ne fut observée dans les sections visibles des lisses externes. A l'extrémité sud du canot, les bouts des deux lisses externes présentent des bouts droits, plus ou moins effilés et sans coubure. A l'extrémité nord les lisses externes sont incomplètes. Vers le centre du canot, la largeur des lisses externes est de 4 et 5 cm tandis que l'épaisseur est de 1.3 et 1.8 cm respectivement. Les coupes sont rectangulaires avec les rebords extérieurs arrondis.

Dimensions des lisses, MlTj-2
MortaiseLargeur de la mortaise (cm)Hauteur de la mortaise (cm) Largeur de la lisse à la mortaise (cm)Distance entre mortaises (cm)
E-1*
O-1
3.4
3.1
0.9
1.1
3.4
3.6
-
-
100.00**
97.0
E-2
O-2
?
3.3
?
1.3
4.0
4.0
-
-
96.8
97.5
E-3
O-3
4.2
3.9
1.3
1.1
4.6
5.0
-
-
95.2
96.0
E-4
O-4
4.5
4.1
1.2
1.1
5.0
5.2
-
-
95.5
96.5
E-5
O-5
3.7
3.2
1.1
1.2
4.4
4.5
-
-
81.5
?
E-6
O-6
3.0
?
0.8
?
3.0
?
-
-

*numérotée à partir de l'est
**estimée
E=lisse interne est
O=lisse interne ouest

La longueur des lisses internes m'excède pas 6 m. Dans les deux cas, la largeur maximale atteint environ 5 cm vers le centre de la lisse et décroit progressivement vers les extrémités. Les extrémités nord des lisses internes semblaient intactes et se terminent en pointes plus ou moins effilées et droites. L'extrémité sud de la lisse interne est se recourbe et n'excède pas 1 cm de largeur. L'extrémité sud de la lisse interne ouest n'est pas complète.

Les lisses internes atteignaient leur épaisseur maximale de 1.5 cm et 1.8 cm au centre. L'épaisseur moyenne des deux lisses internes est de 1.0 cm.

Le nombre de mortaises dans chaque lisse interne est de six. Dans chaque cas, nous avons pu en observer cinq et en inférer une sixième. La symétrie entre les deux lisses est très bonne. Par exemple, la distance entre l'extrémité sud et la première mortaise est de 48.7 cm dans un cas et 48.0 cm dans l'autre. La distance entre les mortaises ne varie que de quelques millimètres dans presque tout les cas. La seule exception semble être avec la dernière mortaise de la lisse interne est. La distance entre celle-ci et la précédente est réduite d'environ 14 cm de la moyenne de 95-97 cm. Nous n'avons pas observé de mortaise homologue sur la lisse interne ouest quoique la section sud en question dépasse la cinquième mortaise par 93.0 cm. Il est donc possible qu'aucune mortaise ne fut pratiquée à cet endroit ou encore, que suite à la fabrication de la dernière mortaise dans la lisse interne est, on ait décidé de ne pas y poser de traverse.

Rallonges de lisses

Trois pièces possèdent une courbure marquée, semblable à celle notée à l'extrémité sud de la lisse est. Deux d'entre elles s'alignent avec les pans d'attache des étraves. Chacune recouvre la moitié des pans d'attache et possède un trou à son extrémité supérieure, correspondant à un des trous au bout supérieur des pans.

L'une des rallonges qui s'agence avec les pans d'attache est brisée tandis que la seconde est complète. La pièce incomplète s'aligne sur la moitié gauche du pan d'attache de l'étrave sud. La face gauche ou extérieure (côté est) de cette pièce est convexe tandis que la face intérieure est aplatie. J'ai de plus retrouvé un fragment de bois aplati et perforé, près de l'extrémité sud du canot, qui s'aligne avec la moitié de droite du pan d'attache.

La pièce complète s'agence sur la moitié droite du pan d'attache de l'étrave nord. La face droite ou extérieure (côté est) de cette pièce est aussi convexe tandis que la face intérieure est plate. Nous pouvons donc conclure que l'agencement des lisses avec l'étrave se faisait avec un élément posé à l'extérieur du plat-bord.

En coupe, la section recourbée des trois pièces est presque carrée ou légèrement plus haute qu'épaisse. Les rebords extérieurs sont arrondis et donnent l'impression de faces convexes. La section se joignant au pan d'attache, est nettement aplatie et rectangulaire en coupe, mais l'épaisseur est plus importante que la hauteur. De l'autre côté de la courbure, c'est-à-dire du côté de la lisse, la hauteur augmente pour atteindre environ 2.5 cm, tandis que l'épaisseur diminue graduellement. Cette partie a une coupe rectangulaire, aplatie. Les deux extrémités proximales ont les bouts coupés plus ou moins carrés.

Il paraît donc que ces pièces ont servi comme extensions ou rallonges des lisses externes et ont permis la jonction des étraves et des plats-bords. L'assemblage de ces rallonges et des lisses externes a probablement pris la forme d'un joint en sifflet.

De plus, il est possible que les extrémités recourbées des lisses internes (au bout sud seulement), butaient contre l'encoche délimitant la partie inférieure du pan d'attache. De cette façon, l'extrémité sud a l'apparence d'être plus renforcie que l'extrémité nord où les lisses internes ne sont pas recourbées.

Traverses

D'après la reconstruction des lisses internes, il y aurait eu six traverses servant à maintenir la forme élancée du canot. Je n'ai pu en retrouvé que cinq, quoique la condition de celles-ci laisse croire que la multitude de menus fragments de bois qui se trouvent sur le site pourraient être des restes, entre autres, de la traverse manquante (voir aussi Lisses ci-haut).

Toutes les traverses gisaient à l'intérieur du canot, sur l'écorce de bouleau. Cette observation suggère que ces pièces reposaient toujours en position relative originale. Il est intéressant alors de noter que quatre des traverses identifiées se trouvaient dans la moitié sud du canot tandis qu'une seule se trouvait dans la moitié nord.

La seule traverse complète mesure 84.7 cm (cette mesure n'inclue pas la longueur des tenons). Une deuxième, située immédiatement au sud a une longueur originale estimée à environ 80 cm. Dans les deux cas, l'angle entre l'axe de la traverse et celui du tenon est 90 degrés. On peut donc assumer que ces traverses se situaient près du milieu du canot où l'angle de la pince ne se manifeste pas, ou très peu. Les deux traverses situées respectivement à l'extrémité nord et sud ont des angles marquées entre l'axe de la traverse et celui du tenon (80 degrés et 76 degrés respectivement), indiquant que ces traverses se trouvaient près des extrémités de l'embarcation avant l'effondrement de celle-ci.

Toutes les traverses avaient au moins deux trous circulaires percés près de chaque tenon afin de permettre à la traverse d'être solidement attachée au plat-bord. Les deux longues traverses ont une troisième perforation près de l'épaulement du tenon.

La forme des traverses ne varie que peu, sauf pour les tenons et les épaulements de tenon. Les traverses sont rectangulaires avec une largeur maximale de 3.9 cm. Les traverses aux extrémités sont cependant un peu plus étroites et ont toutes deux une largeur maximale de 3.5 cm. La coupe transversale aussi est rectangulaire quoique les rebords sont parfois légèrement arrondis. L'épaisseur varie de 1.3 cm à 1.9 cm.

J'ai déjà noté que les traverses aux extrémités accusaient un angle marqué entre l'axe du tenon et celui de la traverse. Il y a de plus un angle important entre la face de la traverse et celle de l'épaulement (environ 10 degrés de la verticale). Ce n'est pas le cas pour les traverses situées au milieu du canot. Il est possible de comprendre cette différence si nous proposons que les extrémités du canot accusaient une légère cambrure. Ainsi, en joignant les extrémités des lisses et en appliquant une pression vers le haut, les lisses se tordaient légèrement vers le haut.

Dimensions des traverses, MlTj-2
No. de traverseLongueur sans tenons (cm)Largeur (cm) Épaisseur (cm)Dimensions du tenon (cm)Angle traverse-tenon
1-3.7-4.01.3-1.72.4 x 1.6 x 0.779
2854.0-4.51.7-1.93.6 x 2.0 x 0.990
380*4.1-4.31.6-1.83.6 x 1.8 x 0.890
439-40*3.4-3.61.4? x 1.7 x 0.6?
5-3.5-3.81.42.5 x 1.8 x 0.676

*dimension estimée

Revêtement d'écorce de bouleau

Il fut impossible d'observer le revêtement du canot car il aurait fallu altérer, de façon irréversible, l'intégrité de l'embarcation. En enlevant la couverture végétale et en examinant l'écorce, nous aurions boulversé le régime d'humidité qui est en grande partie responsable pour la conservation du canot. Il fut cependant possible de faire quelques observations relatives au rebord supérieur du revêtement.

Tout d'abord, ce canot, tout comme le fragment de bord de canot trouvé l'été dernier au site MlTk-1, avait une lisière de bouleau, entre la lisse externe et le revêtement d'écorce, qui servait de renfort. La racine qui liait l'écorce et les lisses n'était pas cousue de façon continue mais plutôt cousue en faisceaux de 4 et 8 points individuels. On laissait de 4 à 8 cm entre groupes de points. La largeur de cette bande de renfort ne semblait pas dépasser 10 cm.

Bordé

Encore une fois, il fut difficile de documenter le bordé de cette embarcation. Cependant, nous pouvons affirmer qu'il y avait une série de planches minces et larges qui ont servi à renforcir l'écorce de bouleau. Quoique nous ne pouvons pas le démontrer de façon satisfaisante, le nombre de bordages était relativement limité.

Notes comparatives

La plus importante étude comparative des embarcations autochtones de l'Amérique septentrionale date de 1964 (Adney et Chapelle). La plupart des exemples présentés proviennent des collections de Monsieur Edwin Adney et du Smithsonian Institution de Washington. Monsieur Adney s'était longtemps intéressé au canot d'écorce de l'est du continent et l'ouvrage reflète cette région qu'il connaissait si bien. Le nord-ouest du continent n'y est pas complètement négligé, mais ne reçoit pas un traitement équivalent. Nous devons donc examiner des ouvrages ethnographiques et historiques afin d'obtenir un échantillon propre à notre région d'étude.

Plusieurs éléments décrits ci-haut nous permettent de comparer le canot d'écorce du site MlTj-2 aux embarcations semblables documentées dans les régions avoisinantes.

Le premier Européen à décrire un canot d'écorce dans notre région d'étude est l'explorateur Alexander Mackenzie en 1789. Il nous laissa cette description des canots qu'il observa en amont de l'embouchure de la rivière du grand Ours:
"Their canoes are small, pointed at both ends, flat-bottomed and covered in the fore part. They are made of the bark of the birch-tree and fir-wood, but of so slight a construction, that the man whom one of these light vessels bears on the water, can, in return, carry it over land without any difficulty" (1927:168).
A la même époque Samuel Hearne décrivit les canots des Indiens du Nord de façon à ne laisser aucun doute sur le fait que les embarcations qu'il nota étaient semblables aux canots observés par Mackenzie. Nous pouvons, de plus, attribuer à Hearne la première comparaison entre les canots algonquiens et athapascans:

"Those vessels, though made of the same materials with the canoes of the Southern Indians, differ from them both in shape and construction...being flat-bottomed, with straight sides, and sharp at each end: but the stern is by far the widest part...The head, or fore part, is unnecessarily long, and narrow: and is all covered over with birch-bark...(1958:62)".
En 1825, Sir John Franklin descendit le fleuve Mackenzie et nous laissa une description superficielle des embarcations qu'il y vit:

"We admired the shape and appearance of their canoes, which were larger than those used by the Chipewyans, and had the fore part covered with bark, to fit them for the navigation of this broad river, where the waves are often high" (Franklin 1828:21).
Des descriptions aussi détaillées ne seront pas données encore avant le début du XXième siècle lorsque des anthropologues cette fois s'avanturèrent dans la région. Notons, en particulier, les ouvrages de Leechman (1954) et d'Osgood (1933, 1936).

A l'époque où Leechman séjourne dans le nord du Yukon, chez les Vanta Kutchins, le canot d'écorce n'est plus qu'un souvenir: c'est la toile qui sert maintenant comme revêtement. Certains éléments de la construction de ces embarcations paraîssent aussi avoir changer: par exemple on ne pose plus de ponts aux extrémités de l'embarcation (1954:15).

La forme des canots illustrés par Leechman (1954:16) est caractérisée par un fond plat et des côtés droits, s'ouvrant vers le haut. Ils n'ont que trois traverses et mesurent environ 3 mètres de longueur. Dans le fond des canots, à l'intérieur, il y a une charpente qui est composée de cinq éléments longitudinaux et de deux pièces latérales. Cette structure est responsable du maintien de la forme plate du fond du canot puisque les 10 varangues étroites, à elles seules, ne peuvent suffire à la tâche.
Le profil des étraves est relativement droit avec seulement une légère courbure. Elles forment un angle oblique, donnant ainsi une allure très élancée aux canots. Enfin, il y a très peu de bordages séparant la toile des varangues; celles-ci sont limitées à une seule de chaque côté.

De sa part, Osgood nous fournit une description détaillée des deux formes de canots d'écorce utilisées par les gens vivant autour du grand lac de l'Ours (1933). Il distingue le canot de chasse du canot de voyage; ce dernier étant d'une construction plus soignée que la première.

Le canot de voyage est en général plus long et plus large que le canot de chasse. Sa longueur se situe entre 16 et 24 pieds (4.9 m et 7.3 m) et sa largeur maximale atteint facilement 4 pieds (1.2 m). Le canot de chasse est inférieur à 16 pieds (4.9 m) de longueur et sa largeur est égale à la largeur d'un homme, environ 2.5 pieds (0.8 m).

Hormis ces différences de taille, il y a des différences importantes en ce qui a trait à la fabrication des deux embarcations. Nous en retenons trois qui peuvent être comparées au canot d'écorce du site MlTj-2. Il s'agit, plus particulièrement, de la forme des extrémités, le plat-bord et le bordé. Commençons avec la forme des extrémités. Osgood note que "The ends of this canoe were distinctly peaked, the canoe there attaining a depth of 32 inches (0.8 m), though rapidly lowering to a depth of 18 inches (0.5 m) for the body of the canoe" (1933:50). Ceci implique une cambrure marquée des extrémités des plats-bord. A l'inverse, il souligne que pour le canot de chasse "the ends being distinctly not raised".

Le bordé du canot de voyage est composé d'un nombre indéterminé de planche mince. Il indique que " On the floor of the canoe (de chasse) were 2-inch boards placed lengthwise, but not as many as in the travelling canoe, where these supporting boards extend part way up the side of the vessel" (1933:50). Le nombre de varangues, qui aident à supporter le revêtement d'écorce, est d'une trentaine chez le canot de chasse et entre 34 et 46 chez le canot de voyage. Il semble donc que l'élément de support le plus important est le nombre de planche de bordé; le nombre de varangues étant plus ou moins constant avec une varangue à tout les 6 à 8 pouces (15-20 cm).

Enfin, la composition du plat-bord du canot de chasse n'est pas spécifiée mais Osgood indique que le canot de voyage avait une lisse interne et une lisse externe ainsi qu'un plat-bord.

Une dernière observation, celle-ci moins importante, a trait aux ponts d'écorce. Osgood rapporte que ses informateurs au grand lac de l'Ours ont indiqué l'utilisation, de par le passé, de ponts d'écorce aux deux extrémités des canots de chasse. Aucune mention n'est faite pour de tels ponts sur les canots de voyage, mais nous ne devons pas en exclure la possibilité.

En 1936 Osgood publie son Ethnography of the Kutchin. Il n'offre pas de données relatives à la plaine d'Anderson, mais il décrit la fabrication du canot d'écorce par les Vunta Kutchins, qu'il juge aussi typique des autres groupes Kutchin (1936:61). Nous retenons de cette description le fait que les étraves sont taillées à partir de morceaux de bois et non pas laminées. De plus, il mentionne que le profil du canot était cambré suite à l'insertion de la structure ou charpente du fond entre les extrémités proximales des étraves:

"...the stem and stern pieces are stretched apart and the ends of the bottom of the frame are slipped into slots which have been cut in the end pieces. This stretching forces the prow and stern upwards giving a characteristic canoe-shaped form" (1936:62).
Finalement, j'ai consulté l'ouvrage d'Adney et Chapelle cité ci-haut. Quoique travaillant avec des échantillons plus ou moins pertinents et plutôt restreints, pour notre région d'étude, leur analyse a le mérite d'une perspective plutôt globale.

Dans le nord-ouest du Canada, Adney et Chapelle distingue trois types de canots d'écorce dont le "Kayak-Form Canoe" retient notre attention (1983:chapitre 6). Des deux autres types, la première s'apparente aux canots algonkiens tandis que la seconde forme est très spécialisée et ne se retrouve que dans le sud de la Colombie Britannique et le nord de l'état de Washington.

La forme, dite de "kayak", se rapproche de l'embarcation inuit par le fait d'avoir une structure ou charpente délimitant et maintenant la forme du fond du canot. Ce fond est invariablement plat et les côtés droits s'ouvrent obliquement vers le haut. De plus, la plupart de ces canots ont un pont recouvrant une partie du canot à chaque extrémité.

Des exemples présentés, le canot Loucheux possède un profil qui ressemble le plus au canot de MlTj-2 (1983:166 et figure 149). En particulier, l'étrave, qui y est figurée, est caractérisée par une section verticale droite, comptant pour presque le tier de la hauteur du bout, suivit par une courbure marquée qui se termine au fond plat du canot. Le bout du plat-bord est légèrement cambré près de l'extrémité et accuse une courbure très marquée tout juste avant son articulation avec l'extrémité distale de l'étrave. Les auteurs indiquent qu'il y avait un pont d'écorce et que les deux bouts de l'embarcation étaient symétriques. Une charpente rigide se trouvait dans le fond et les côtés étaient renforcés avec seulement quelques planches de bordé. Enfin, à en juger par l'illustration, le plat-bord ne consistait que d'une lisse interne et une lisse externe, et le revêtement d'écorce était cousu de façon continue. Soulignons que l'embarcation qu'ils figurent mesure 12'7" (3.8 m): c'est un canot de chasse.

Ailleurs, en décrivant les diverses caractéristiques des canots de la forme dite de "kayak", ils présentent certaines 'généralisations' relatives aux canots de la vallée du Mackenzie. Elles sont:

"In the Mackenzie Basin, the kayak-form canoes had a moderate rake, curved in profile, at bow and stern and a rather low stem-head; the depth at the stern was noticeably greater than at the bow, and the deck forward was commonly a little less than a fourth the length of the canoe. In these canoes the greatest beam in most cases was abaft midlength, and this was also true of the lower Yukon canoes (1983:159)".
"In the Alaskan types and in the extinct British Columbia bateau variation, the gunwale lashings were continuous but in the Mackenzie models the lashings were in groups. Inwales and outwales in all the kayak forms ran to the stem-pieces, which were plank-on-edge of a thickness that varied according to tribal practice (1983:159)".
"Six thwarts appear in most of the kayak forms but the Loucheux model had five and the bateau variation seems to have had but three (1983:160)".

"Reinforcing bark was placed under the outwales in all Mackenzie Basin canoes, but not in the Alaskan or in the bateau variation. The ribs in all these canoes were small, usually about 1/2 inch square, and widely spaced, about 9 to 14 inches on centers. No ribs were placed in the rake of the ends. The ends of the ribs were chisel-pointed and were forced between the inwale and outwale, against the inside of the bark cover...The thwart ends might also be forced into short splits on the inside face of the inwales or might be tenoned there; in any case a single lashing was used at the thwart ends. Thwarts were parallel-sided in plan and slightly tapered toward the ends in elevation; no shoulders were used (1983:160)".

"But in the Mackenzie form of canoe, the longitudinals (de la charpente du fond) had no cross-members and, like the side battens, were held in place by the pressure of the spring ribs against the bark cover (1983:161)".

"The kayak-form canoe of the Athabascan Loucheux had a rigid bottom-frame: the bottom was flat athwartships and it had no fore-and-aft rocker. The sides were flaring and slightly curved. Both ends were alike, and the canoe was unusual in having only five thwarts, with one amidships. The stem was short in rake and curved: the stem profile came out of the bottom line in a fair, quick curve which became vertical at a height of little more than two-thirds the depth amidshps of the canoe. The height of the stem was almost twice the midship depth. Between the end thwarts the sheer was straight, thence it swept upward in a gradually sharpening curve to the inboard stems: the inwale ends stood vertical on the face of the stem, with their ends brought to the top of the stem-head. The stem-pieces were of unusually thick plank, with the head broadened and the cutwater part outside the bark cover shaprened until near the head, where it became as wide as inboard. The gunwales were lashed with continuous turns, as in the Alaskan canoes. In plan, the gunwales and bottom frame were full-ended and convex. These canoes were decked equally at both ends. The deck extended inboard far enough to just cover the end thwart, to which, in the example seen, it was lashed with four simple in-and-out passes of rawhide thong. The chine-pieces of the bottom were lashed to the sides of the stem-pieces. The covering was birch bark. Two battens on each side were employed with the usual six longitudinals in the bottom frame. These canoes were well-built and their ends resemble those of the seagoing kayaks used at the mouth of the Mackenzie, but these for at least the last 70 years of their use were round-bottomed. The Loucheux canoes were small, usually about 15 feet long, 30 inches wide, and about 12 inches deep amidships (1983:166)".
Nous pouvons donc conclure que les plus grandes ressemblances se trouvent avec les canots du bassin du fleuve Mackenzie. Certains traits, tout particulièrement la forme des étraves et des lisses, se rapprochent du canot Loucheux, tandis que d'autres, tels l'absence de ponts d'écorce et la façon de lacer le revêtement au plat-bord, les différencient. Mais il importe de rappeler que l'échantillon est limité et que "There was much variety in end profile, and the canoes of each tribal group were usually identifiable by this means" (ibid. 1983:158).

Les caractéristiques partagées entre les canots du bassin du fleuve Mackenzie et l'embarcation de MlTj-2 indiquent clairement une source technologique commune, tandis que nous croyons que les différences représentent une spécificité propre à la région du sud-ouest de la plaine d'Anderson.

On revisita le canot en 1991 pour en vérifier l'état de préservation.

Structure de Creusement

Lors de la découverte du site MlTj-2 en 1985, nous avons observé une dépression du côté sud-est du site (Pilon 1985: figure 8). Cette structure de creusement se trouvait à quelques mètres du rebord de la terrasse et nous avions noté des pierres éclatées par le feu à proximité de la dépression. Cette structure n'avait reçu qu'une attention superficielle et nous l'avons interprété comme étant une cache en terre.

Nous sommes retournés à ce site après notre séjour au rétrécissement dans la partie occidentale du lac à la Truite. Là, nous avions trouvé 5 structures de creusement dont la détection de certaines d'entre elles fut difficile. Cette expérience nous permit, presqu'immédiatement, de reconnaître des caractéristiques qui apparentent la structure de creusement du site MlTj-2 aux structures de creusement que nous venions d'examiner.

Les dimensions intérieures de cette structure sub-rectangulaire sont 2.1 m x 2.4 m. La profondeur se situe entre 50 cm et 70 cm. Un bourrelet de sable, dont la largeur varie de 0.7 m à 1.4 m, se retrouve sur trois côtés.

Un sondage restreint fut effectué dans le centre de la structure et révéla un niveau de bois sous une couche de sable fin, provenant probablement du bourrelet. Sous le niveau de bois, un menu éclat de chert fin gris fut trouvé (perdu par la suite). Le long du mur est, une section d'un élément de construction en bois, gisait horizontalement, en partie enfouie sous le sable du bourrelet/mur.

Les pierres éclatées par le feu, notées l'an dernier, forment une concentration ayant un diamètre de 1.1 m. A en jugé par les découvertes au site MlTj-3, cette concentration indique probablement la présence d'un foyer extérieur, à proximité de la structure de creusement. Au pied du rebord érodé de la terrasse, qui se trouve à 7 m seulement de la structure de creusement, quelques ossements et un éclat de chert furent trouvés.

On poursuivit les fouilles de la structure de creusement en
1987.