
Rapport de terrain-1990
(sixième partie)
par
Luc Nolin
Archéologue du PIPGN
Musée canadien des civilisations
Numéro de terrain: 87JLP-21
Code Borden: NbTj-3
Les fouilles effectuées sur le site NbTj-3 durant l'été 1990
constituaient la seconde intervention archéologique sur ce lieu d'établissement
(Pilon 1988, 1989). Elles avaient pour principal objectif d'obtenir des données
additionnelles afin de nous permettre une meilleure compréhension de la
séquence chronologique des occupations. En effet, nous voulions découvrir des
vestiges culturels organiques datables par la méthode du radiocarbone, ou des
artefacts diagnostiques d'une période ou d'une tradition culturelle. Les
fouilles visaient également à mieux cerner la complexité des occupations et
leurs répartitions sur le site. Finalement, nous voulions vérifier la présence,
par des sondages, de d'autres occupations sur des surfaces adjacentes à l'aire de
fouille de 1988.
L'équipe de travail se composait de Jane Dale (d'Edmonton, Alberta), de
Michael Jackson (du village de Fort Good Hope) et de l'auteur. Les fouilles se
sont. étalées sur une période de 23 jours, c'est-à-dire du 7 au 29 juillet
1990. Au cours de la première intervention archéologique sur le site, une aire
de 11 m2 fut excavée. Notre aire de fouille totalisait 5,5 m2. Elle fut
implantée immédiatement à l'ouest de celle de 1988 et selon le même alignement.
Notre dénomination des unités individuelles de fouilles fait suite à celle de
l'intervention initiale. S'ajoute donc aux puits A à E fouillées en 1988, les
puits F à L inclusivement.
Techniques de fouille et autres relevés
Nous avons procédé à l'excavation par quadrant de 50 cm de côté à
l'intérieur d'unités d'un mètre carré. Etant donné le faible développement
d'horizons pédologiques distincts dans la matrice du site, la technique de
fouille par niveau arbitraire de 10 cm de profondeur fut utilisée. Nous avons donc recueilli et localisé les témoins culturels selon ces niveaux. Tout le sol
associé à chacun de ces niveaux de fouille fut passé au tamis à mailles de 1/8
de pouce de manière à recueillir les menus artefacts. La position des éclats,
des outils et des structures dans chacun des quadrants était systématiquement
indiquée sur un plan à l'échelle dans les cahiers des fouilleurs. D'autre part,
la localisation des outils et des vestiges osseux fut enregistrée par
triangulation, à partir du mur nord et ouest de chaque mètre carré et la
surface du sol attenante à ceux-ci afin obtenir leur profondeur. Des croquis
l'échelle étaient aussi réalisés lors de la découverte de traces de zones de
combustion ou de foyers. Etant donné que les vestiges archéologiques reposaient
dans une matrice de till glaciaire et que de nombreux éléments grossiers
compose ce type de dépôt, seules les pierres présentant des traces d'altération
par le feu (fracturation, rubéfaction) furent dessinées.
Outre la surface de 5,5 m2 fouillée dans l'aire A de NbTj-3, des sondages
archéologiques ont pu être effectués sur ce replat et sur
d'autres surfaces du
site. Près d'une centaine de sondages d'environ 35-40 cm de côté furent
réalisés dans l'ensemble des différentes aires du lieu d'occupation (aires A à
F). Soixante-cinq d'entre eux livrèrent des vestiges culturels.
Nous avons aussi effectué un examen visuel de surface dans les différentes
aires du site. Lors de cet examen, une attention particulière fut portée sous
les nombreux chablis présents sur le site. Ces boulversements naturels du sol
nous ont permis de découvrir du matriel lithique. Une couverture photographique
fut réalisée des profils stratigraphiques, de certaines zones de foyers
identifiées au cours des fouilles et de vues d'ensemble de l'environnement du
site. Des relevés hypsométriques, une localisation de l'aire de fouille, des
sondages positifs et des récoltes de surface furent réalisées à l'aide d'un
théodolite. Le lecteur pourra se référer aux rapports de J.-L.Pilon 1988 et 1989 pour obtenir d'autres types d'informations concernant le site.
Bref résumé des artefacts découverts
Les artefacts découverts en 1990 dans l'aire de fouille, dans les sondages et
en surface pour l'ensemble des aires du site, totalisent: 5557 pièces de débitage, 43
nuclei, 120 outils dont 5 percuteurs. Du debitage laminaire comprenant: 148 éclats
allongés", 27 'éclats de coins' et 18 microlames s'ajoute a
celui découvert en 1988. Dix artefacts parmis ce debitage présentent des traces de
retouches et ou d'utilisation. La grande majorité des outils consistent en des
pièces unifaciales retouchées marginalement ou simplement utilisées. Les supports
de ces objets sont par ordre d'importance, des éclats, des débris ainsi que dans
quelques cas, des pièces de forme tabulaire.
On a pu identifier des retouches bifaciales sur neuf objets ou
fragments. Plus spécifiquement, ils consistent en:
- un outil de forme semi-lunaire complet faconné bifacialement
par des enlèvements alternes et couvrants plutôt scalariforme (larges et courts
et "en marche d'escalier"). Notons que le rebord convexe de l'outil est
finement retouché alors que le rebord rectiligne est sinueux. Sa longueur
maximale est de 89.1 mm et sa largeur de 44.1 mm;
- -fragment baso-mésial d'une
pointe lancolée à rebords parallèles et à base concave asymétrique non-émoussée. Les enlèvements sur la pièces sont subparallèles, alternes et
couvrants. La cicatrice de l'enlèvement; d'un éclat de 16.3 mm de longueur à
partir de la base vers l'extrémité de la pointe, suggère une volontée
d'amincir sa base en vue de son emmanchement. Ce fragment de pointe mesure 42.0
mm de longueur sur 22.3 mm de largeur. Comme pour le précédent, cet outil est
en quartzite blanc à "texture de sucre";
- - une possible préforme d'outil en quartzite ou en grès quartzeux
rouge, rectangulaire. Cet objet de relativement grande dimension et
grossièrement travaillé pourrait être possiblement considéré comme un racloir;
- - une pièce esquillée fabriquée à partir d'un fragment d'un petit galet de
chert;
- -une pièce tabulaire en silicate retouchée bifacialement;
- -un épais éclat retouché sur ces deux faces en argilite silicifiée;
- -enfin, trois fragments présentant des enlèvements bifaciaux. L'un de ces
objets pourrait être une pièce esquillée.
Sept fragments de grattoirs ou grattoirs en argilite silicifiée font aussi
parti de la collection. Deux pièces esquillées unifaciales s'ajoute à
la première discutée précédemment. Une pièce à éperon (perçoir ?) en chert
gris, 2 microlames retouchées en argilite silicifiée et 1 racloirs (chi-tho?)
en silicate, résument brièvement les différents outils identifiés dans la
collection.
Distribution verticale et horizontale
La séquence ordinaire des horizons du sol rencontrés sur NbTj-3 se décrit
comme suit: une litière composée d'un mince tapis végétal; un horizon organique
(L, F, et H) de 2-5 cm d'épaisseur; un mince horizon humique (Ah) de 1-3 cm
d'epaisseur, pas toujours présent; et d'un niveau C composé d'un till
contenant de nombreuses racines et radicelles. Quelques couches organiques
(humus noir surtout) enterrées furent observées à l'occasion, entre 6 et 15 cm
de profondeur sous la surface du sol. Une poche de sol rubéfié formant la
cuvette d'un foyer était visible dans l'un des profils stratigraphiques de
l'aire de fouille. Les photographies de ce profil montre que ce sol altére par
la chaleur fut découvert immédiatement sous l'humus. Une dizaine de zones de
sol rougi furent identifiées à la surface du sol mineral dans l'aire de fouille
et dans certains sondages. Nous pourrions croire que l'accumulation d'oxydes de
fer dans certains types de sédiments pourrait expliquer la présence
relativement fréquente de ces sols rougis sur le site. Cependant, ce phénomène
de rougissement du sol s'observe à la fois dans des limon-sableux et des
gravier. Cette observation nous porte à croire qu'il s'agit vraisemblablement
d'un processus exogène à la physico-chimie du sol. Nous pensons plutôt que les
effets des feux de forêts ou ceux causés par l'occupation humaine seraient de
meilleures sources d'explications de ce phénomène.
Du matériel lithique fut mis au jour sur toute l'étendue de l'aire de
fouille, mais occupait surtout les puits I, F et G. Il fut découvert entre 1 et
12 cm de profondeur sous la surface du sol et était associé à tous ces horizons
pédologiques (horizon organique, humus, niveau minéral et humus enfoui).
Cependant, les témoins culturels se concentraient principalement à l'intérieur
du mince humus et des premiers centimètres du niveau minéral sous-jacent.
Des possibles traces d'occupation ont pu être identifiées dans chacun des
puits de l'aire de fouille ainsi que dans 3 des sondages effectués dans l'aire
A du site. Elles consistent essentiellement en un rougissement localisé plus ou
moins prononcé du sol. Plus particulièrement, il s'agit de poches ou de minces
lentilles de sable, de limon sableux ou de gravier plus ou moins homogène qui
présentent cette coloration inhabituelle dans la matrice du sol. Leur
association avec d'autres types de vestiges, tels que: granules de charbon de
bois, ossements carbonisés, pierres éclatées, sol meuble à texture "cendreuse"
rougi et artefacts lithiques, nous permettent dans certains cas d'affirmer
qu'il s'agit de foyers. Cependant, nous devons mentionner que ces associations
de vestiges culturels sont dans de nombreux cas absentes et nous amènent à
donner plus de poids à la possibilité d'une origine naturelle à ces traces de rougissement du sol. Nous pensons, en autre, au passage il y a 50-75
ans d'un important feu de forêt et dont certaines traces subsistent encore sur
NbTj-3 (Pilon 1989: 58).
Parmis les 12 zones où nous avons pu identifier un rougissement du sol dans
l'aire de fouille, une seule nous apparaît attribuable de manière non équivoque
à l'activité humaine. Il s'agit d'un sol rougi qui s'étend sur moins de 1 m2 à
l'extrémité nord-est de l'aire de fouille et qui fut découvert immédiatement
sous l'humus. Sa limite sud-est n'a pu être circonscrite. Il se compose
d'un sable rubéfié à texture "cendreuse" - tel de la poudre sèche - dans lequel
des poches d'ossements carbonisés, des granules de charbon de bois, des pierres
éclatées, du débitage et de l'outillage lithique furent découverts. Ce sol
rougi, vue en plan, dessine une forme allongée et forme une cuvette atteignant
11 cm d'épaisseur vue en coupe. La plupart du matériel lithique associé à ce
foyer se trouvait au-dessus de la matrice de sable rubéfié. Des vestiges
lithiques furent également découverts à sa surface, d'autres à l'intérieur, mais
aucun sous celle-ci. Les poches d'os calcinés mis au jour étaient le plus
souvent associées à de petites pierres éclatées, localisées entre 2-6 cm de
profondeur sous la surface du sol. Une concentration de débitage associée à
quelques outils et à un nucléus, localisée à moins de 70 cm au sud-ouest du
foyer, pourrait témoigner d'activités au cours de l'utilisation de cette aire de
combustion.
A l'extrémité sud de l'aire de fouille (quadrant sud-est du puits J) nous
avons découvert sous le tapis végétal, un humus d'environ 1,5 cm d'épaisseur
contenant quelques granules de charbon de bois. Cet humus recouvrait un petit
monticule de till compact jaunâtre stérile, de 5-6 cm d'épaisseur. Des ossements
calcinés, une pierre éclatée par la chaleur et 4 éclats de taille reposaient
dans ce mince humus. Une autre pierre éclatée en 5 morceaux localisée à moins de
10 cm à l'est du monticule pourrait faire partie del'ensemble. Nous avons également pu noter la présence d'un morceaux de bois
brûlé à la limite sud-ouest du monticule, ainsi que d'un mince limon sableux
brun-rouge au sud-est qui contenait 2 éclats. Le monticule excavé sur lequel
repose les vestiges archéologiques n'est vraisemblablement pas d'origine
anthropique. Il résulterait plutôt de l'arrachement du sol à sa périphérie par
un ancien chablis qui aurait au même moment pertubé l'organisation des vestiges
culturels. Toutefois, l'association pierres éclatées, os calcinés et éclats de
taille, nous suggèrent qu'il s'agit probablement d'un ancien foyer perturbé.
Au cours de la fouille du puits H, nous avons pu mettre au jour 2 zones de
sol rougi ainsi qu'une poche de charbon de bois associée à des pierres
vraisemblablement éclatées et à quelques éclats. La première zone de sol rougi
occupe l'extrémité est du puits alors que la deuxième le quadrant sud-ouest.
Très peu de pierres éclatées sont associées à ces deux zones de gravier rougi.
Cependant, on a pu noter la présence de granules de charbon de bois et de
quelques éclats et outils. Bien que ces vestiges associés présentent des
caractéristiques généralement attribuables aux foyers, leur insuffisance nous
permet seulement d'évoquer la possibilité qu'il s'agit de traces d'activités
préhistoriques. Notons qu'une petite concentration de débitage qui se
répartissait sur une dizaine de cm d'épaisseur, fut mis au jour dans le coin
sud-ouest du quadrant nord-ouest du puits H.
Cinq autres zones de sol rougi ont pu être observées dans l'aire de
fouille. Une première couvre une partie importante du quadrant sud-ouest du
puits K et on y aurait noté la présence de pierres éclatées. Trois petites
lentilles découvertes à la surface du sol minéral furent respectivement
identifiées dans les quadrants sud-ouest et sud-est du puits F et nord-est du
puits J. Aucune pierre ou ossement n'étaient directement associés
à ces trois lentilles de sol rougi. Finalement, une petite lentille de sable rubéfié associée à quelques granules de charbon de bois et à une pierre éclatée
par le feu, fut mis au jour dans le quadrant nord-ouest du puits I. Aucun
ossement n'a pu être observé au cours de la fouille mais une quantité
relativement importante d'éclats occupaient la surface attenante au sol rougi.
Comme pour les traces de rougissement du sol discutées précédemment, il nous
apparait difficile d'avancer des hypothèses quant à leur origine, sans la
présence d'un nombre suffisant de vestiges culturels associés.
Les sondages
Comme nous l'avons mentionné, 65 des sondages pratiqués
dans les six différentes aires du site livrèrent du matériel culturel. Ils se
distribuent dans les différentes aires du site de la manière suivante: des
artefacts étaient présent dans 40 des sondages pratiqués dans l'aire A, 7 dans
l'aire B, 3 dans l'aire C, 2 dans l'aire D et 13 dans l'aire F. Notons que les nombreux sondages effectués de manière à couvrir l'ensemble de l'aire A, furent pour la plupart positifs.
Dans l'aire A, les sondages permirent de mettre au jour des foyers et des
vestiges culturels associés dans trois de ceux-ci (sondages #25, 44 et 46).
Nous avons pu dégager dans le sondage #25 (1 x 1 m), l'extérmité d'un foyer
composé de gravier rubéfié, de charbon de bois, de cendre, de pierres éclatées,
d'os calcinés et de débitage lithique. Dans le sondage #44 (0,70 x 0,80 m), un
enchevêtrement de trois possibles matrices de foyers composées de petites poches
d'os calcinés, de pierres éclatées, de granules de charbon de bois, de sol
rubéfié et d'artefacts permettraient de démontrer la réoccupation du lieu.
D'autre part, l'extension sur 1 m2 du sondage #46, nous a amené dégager les
vestiges d'un foyer constitué de quelques pierres éclatées, de matériel
lithique et d'os calcinés qui prennaient place dans des bandes de charbon de
bois. La forme arborisée que dessine ces bandes nous suggère que ce foyer aurait pu être désarticulé par la croissance d'arbres.
Au cours de notre vérification de la présence d'occupations dans l'aire A
du site, le sondage #20 nous a amené à la découverte d'un fragment baso-mésial
d'une pointe lancolée en quartzite blanc que nous avons décrite en début de
texte. Ce même sondage a livré 13 éclats d'argilite silicifiée, 2 nucléi et 2
percuteurs. Notons aussi que plus 100 objets lithiques ont été excavés dans 5
sondages parmi les 40 positifs réalisés dans l'aire A de NbTj-3. Mentionnons
que le numéro #29 ne fut pas utilisé pour identifier un sondage.
Même si les sondages effectués dans l'aire B, C et D du site ont livré peu
de témoins culturels, ils ont permis d'identifier des présences d'activités
humaines sur presque toutes les surfaces horizontales du site. Par contre, sur
le niveau de terrasse inférieur à l'aire A (aire F), une quantité plus
importante de matériel lithique fut découvert. Enfin, nos sondages ne nous ont
pas amené à mettre au jour des traces de foyers ailleurs que dans l'aire A du
site.
Interprétations préliminaires
- L'utilisation des différents matériaux lithiques
Six différentes matières premières lithiques furent identifiées à
L'intérieur de la collection provenant des activités de fouille de 1990. Il
s'agit, par ordre d'importance: de l'argilite silicifiée, de chert, de
quartzite, de grès, de "vesicular clinker" et de tuf.
L'argilite silicifiée est une roche sédimentaire métamorphosée formée de
plusieurs couches qui sont parfois de différents niveaux de duretés. La portion
plus tendre de ce matériaux, - souvent visible sur un même objet et qui se
rapproche du calcaire par sa couleur et sa texture,- fut identifiée comme du
silicate.
Le chert gris est le second matériau en importance sur le site, mais
on retrouve aussi en quantité négligeable du chert noir, brun, vert et beige.
Le quartzite blanc occupe la troisième place en terme de nombre d'objets. Nous
avons pu aussi identifier du quartzite de couleur rouge, noir et beige en très
faible quantitée. Dans plusieurs cas, nous avons noté que le quartzite blanc,
gris et noir ne se distinguaient que par leur couleur. En macroscopie, peu
d'éléments semblent les caractériser en ce qui a trait à la structure de leurs
grains. Il se pourrait que ces quartzites fassent parti d'un même ensemble
minéralogique. Le nucléus #986 est l'objet qui démontre le mieux cette
possibilitée. En effet, on peut y observer toute la gamme des couleurs entre
le blanc et le noir.
Une proportion relativement importante de cortex compose l'abondant
débitage d'argilite silicifiée sur NbTj-3. Cela nous indique non seulement que
les étapes initiales de réduction de la pierre ont eu lieu sur place mais que
cette activité occupait une place non négligeable au cours des différentes
occupations du site. Par ailleurs, le faible degré de modification de certains
nucléi nous permet de voir leur forme originale. La présence également de
nombreux "éclats de coins" nous porte à croire que ce matériau fut probablement
recueilli sous la forme de galets ou de blocs, le plus souvent de forme
tabulaire. Ces galets ou blocs utilisés pour la taille provenaient probablement
des dépôts glaciaires environnants et possiblement de l'esker sur lequel repose
le site (Pilon 1989: 61). Mentionnons que les "éclats de coins se caractérisent
par leur forme allongée qui suit généralement le litage naturel de la pierre.
Tous en argilite silicifiée ou en silicate, ils sont le plus souvent recouverts
de cortex; ce qui tend à démontrer qu'ils ont pu être détachés durant l'étape
initiale de décorticage de masses angulaires (galets ou blocs)"(Pilon 1989:63).
Nous avons identifié à travers la collection un grand nombre
d'éclats laminaires
(n=188) et de microlames (n=18) dont quelques-uns(es) furent
retouchées. De plus, des cicatrices ayant cette forme étaient présentes sur la
face dorsale d'éclats ainsi que sur des nucléi. Selon nous, ces objets
témoignent qu'une partie des activités de taille furent orientées vers la
production de microlames. Cette industrie a laissé une variété de résidus de
fabrication dont la plupart sont en argilite silicifiée. Il nous apparaît
important de mentionner que tous les puits fouillés, sauf les deux quadrants du
puits L, et les sondages #27, 31, 41, 44 et 58 livrèrent du débitage laminaire.
En effet, les fouilles effectuées cette année ont permis de découvrir que cette
technologie lithique est représentée sur toute l'étendue de l'aire A et dans
l'aire F du site. Le lecteur pourra se référer à un rapport de J.-L. Pilon pour
une discussion détaillée sur les microlames (Pilon, 1989:61-64).
Le débitage et l'outillage en chert de notre collection présente une grande
homogénéité. De nombreux fragments de petits nodules roulés et d'éclats de
chert laissent voir des surfaces corticales et plusieurs de ceux-ci ont été
fracturés en deux, durant leur processus de taille. Il est parfois possible
d'observer, sur certains d'entre eux, des traces d'écrasements opposées qui
suggèrent la possibilité de l'utilisation de la technique de taille bipolaire.
En effet, la petite dimension des nodules limitait probablement l'utilisation
de d'autres types de procédés de taille. La grande majorité du débitage en
chert découvert sur le site est de petite dimension, de couleur grise et
plusieurs éclats présentent, comme nous l'avons dit, des résidus de cortex. Ces
quelques observations nous portent à croire qu'une proportion importante, sinon
la quasi-totalité, du débitage en chert provient vraisemblablement de nodules.
D'ailleurs, nous avons pu observer leur présence dans les dépôts glaciaire
environnants à NbTj-3.
Le quartzite, le "vesicular clinker" et le tuf ne sont représentés que par de petits éclats ou débris de taille. Ceux-ci témoignent vraisemblablement
des dernières étapes de fabrication ou d'entretien d'outils probablement
façonnés ailleurs que sur le site. Tout nous indique que le grès était
probablement présent dans la région dans les dépôts glaciaire, en regard à la
forte taille des éclats et des outils et à la présence de cortex sur certains
d'entre eux.
- La distribution des témoins culturels
Nous n'avons pu remarquer de discontinuité stratigraphique des témoins
culturels lors de la fouille qui aurait pu nous permettre de pouvoir identifier
plus d'une occupation. Ceci est probablement attribuable à la migration
verticale et horizontale des artefacts et des matériaux grossiers dans la
matrice de till du site; vraisemblablement causée par la solifluxion. En effet,
nous avons pu observer à plusieurs reprises la position inclinée ou verticale
d'artefacts et de pierres, au moment de leur découverte .
La quantité négligeable de matières premières utilisées pour la taille
autre que l'argilite silicifiée ou du silicate, n'offrent pas plus d'indices
stratigraphiques permettant d'avancer l'hypothèse d'occupations répetées dans
l'aire de fouille. De plus, la méthode de fouille utilisée par niveau
arbitraire de 10 cm d'épaisseur, ne nous apparaît pas suffisamment 'fine' pour
permettre une éventuelle comparaison entre différents groupes d'artefacts
découverts à différents niveaux de profondeur. Toutefois, nos sondages, qui ont
pu couvrir la plupart des surfaces d'accueils potentielles du site, nous ont
amené à identifier des vestiges d'occupation (foyers et concentrations
lithiques) sur presque toute son étendue. Rappelons que nos fouilles ont mis au
jour trois possibles foyers dans le sondage #44, qui démontreraient la
réoccupation de cet espace. En effet, ce grand étalement des vestiges culturels
sur le site témoigne des nombreuses réoccupations, particulièrement dans l'aire A et F.
La découverte d'os crus en surface et celle de troncs d'arbres "coupés à l'herminette" nous suggèrent la fréquentation du site à la période préhistorique recente et possiblement à la période historique (voir Pilon 1989:59). Nous ne pouvons pour le moment donner des précisions sur cette
séquence, en l'absence de d'autres repères chronologiques (datations 14C, affiliations typologiques, etc.).
La découverte par des sondages de vestiges lithiques dans l'aire B (29
éclats, 1 nucléus), C (16 éclats), D (2 éclats), E (1 éclat) et F (170 éclats,
1 nucléus, 1 uniface), indiquent la présence d'occupations préhistoriques qui
s'étendent sur un espace d'environ 2000 m2. Cependant, nous avons pu mettre au
jour de traces de foyers dans les aires de découverte de ces faibles
concentrations de matériel lithique. L'absence de foyers ne nous suggèrent pas
la présence de vestiges d'habitations dans ces aires. Les aires C, D et E sont
situées sur des surplombs à plus de 30 m d'altitude qui dominent les plans
d'eau environnants. N'auraient-ils pu être principalement utilisés comme
promotoire pour surveiller le passage des caribous?
Les découvertes effectuées sur le site NbTj-3 durant l'été 1990, nous ont
permis de démontrer que cet endroit fut non seulement utilisé comme lieu de
collecte de matériaux lithiques et de taille, mais aussi de site d'habitation.
En effet, les vestiges de foyers identifiées dans l'aire de fouille et dans
certains sondages de l'aire A jumelés à la présence d'outils généralement
attribués à des activités domestiques (éclats retouchés, grattoirs, pièces
esquillées, couteaux, perçoir, etc.), semblent attester la présence de ces
habitations. Rappelons que d'autres indices suggèrent que le site fut
possiblement réoccupé jusqu'à la période historique. Finalement, nos fouilles
nous permettent de démontrer qu'il existe une grande homogénéité en ce qui a
trait à l'utilisation des matériaux lithiques et aux techniques de taille
utilisées (ex. production des microlames) dans les différentes aires du site.