Rapport de terrain-1990
(septième partie)
par
Luc Nolin
Adjoint à la recherche
Musée canadien des civilisations


Numéro de terrain: 87JLP-10
Code Borden: NbTj-1


Le site NbTj-1 fut découvert au cours d'une reconnaissance archéologique au lac Hyndman conduite par Jean-Luc Pilon au mois de
juillet 1987 (Pilon 1989:16-17). Il est localisé au sommet d'un long et étroit esker d'environ 5 m de largeur et long de 150-200 m, qui offre une surface d'accueil limitée. Situé dans la portion sud de L'extrémité est du lac, cette crête est formée d'un dépôt glaciaire relativement grossier. Elle contient des nodules de chert et d'autres pierres cryptocristallines de forme tabulaire, qui ressemblent à celles découvertes dans d'autres sites de la région du lac Hyndman (Ibid. p.16).

L'un des sondages effectués à la pelle au cours de la reconnaissance avait révélé la présence de restes fauniques non-calcinés, d'éclats de chert, d'une extrémité de biface et d'éclats d'un matériau lithique relativement grossier (Ibid. 1988: 16-17). L'ensemble de ces vestiges laissaient présager la découverte d'un possible foyer à cet endroit.

Le calendrier relativement chargé de nos travaux sur le site NbTj-3 ne nous permettait qu'une seule journée de travail sur NbTj-1. La journée du 30 juillet fut principalement consacrée à la fouille de 0,75 m2 autour du sondage positif pratiqué en 1987. Trois rapides sondages ont pu également être pratiqués immdiatement à l'est de l'aire de fouille.

Cette courte intervention archéologique voulait vérifier la présence possible d'un foyer, de témoins culturels associés et la collecte de matériel organique datable au radiocarbone. Mentionnons que la même équipe de travail que sur le site NbTj-3 est intervenue sur NbTj-1.

Les trois quadrants de 50 cm de côté fouillés sur la surface attenante au petit sondage effectué en 1987, nous ont amené à découvrir une grande quantité d'ossements associés à plusieurs pierres éclatées, du charbon de bois, des outils et du débitage lithique. Nos fouilles ont mis au jour des poches de limon-sableux vraisemblablement rubéfiées, à la surface du niveau minéral du sol et à l'intérieur de ce dernier. Notons que ce sol rougi couvre environ le tiers de la surface excavée.

Le mode de distribution des pierres éclatées par le feu, des ossements, du matériel lithique et du sol rubéfié, nous suggèrent la présence possible d'au moins deux foyers et peut être trois dans l'aire de fouille.

Un premier foyer, partiellement excavé dans le quadrant sud-ouest de l'aire de fouille, contenait une quantité importante d'ossements crus et calcinés, de granules de charbon de bois, de matériel lithique et de pierres éclatées. La matrice de ce foyer s'étendait sur toute l'épaisseur de la litière, de l'horizon organique (7 cm d'épaisseur) et d'un humus qui contenait beaucoup de charbon de bois. Des traces de rubéfaction étaient aussi visibles dans le niveau minéral sous-jacent. Les pierres associées à cette aire de combustion prennaient place dans l'épais horizon organique et ne présentaient pas un "pattern" particulier dans leur distribution. Onze éclats et deux outils étaient associés à cette structure ainsi qu'une grosse pierre plate à sa limite sud-ouest. Notons que des vestiges associés à ce foyer s'étendaient au nord-ouest du puits et à l'extérieur de celui-ci.

Dans la portion nord du quadrant sud-est, cinq pierres éclatées par le feu furent mis au jour. Découvertes dans l'horizon organique, ces pierres étaient associées à des os écrus, à 2 unifaces, 1 nucléus et à 21 éclats. Un sable rubéfié prennait place sous les pierres à la surface du sol minéral. Au cours de la fouille nous n'avons pu observer de continuité entre les traces de rubéfaction discutées précédemment et celles du quadrant sud-est. Cependant, la distribution des pierres éclatées, des ossements et du matériel lithique dans les quadrants sud-ouest et sud-est, nous laissent voir une légère séparation entre les deux groupes de vestiges. Ils pourraient appartenir à deux structures distinctes. Mentionnons aussi la présence de grosses pierres, dont une éclatée, dans la moitié sud du quadrant sud-est où des éclats et outils furent découverts.

Une quinzaine de pierres éclatées, dont plusieurs de grandes dimension, formaient plus ou moins un cercle autour d'un sol rubéfié de texture poudreuse (ressemblant à de la cendre), dans le quadrant nord-est. Des concentrations d'os crus occupaient le secteur longeant le mur ouest du quadrant et un autre groupe longeait le mur est. Un seul os blanchis fut recueilli. Peu de charbon de bois était associés aux autres vestiges.

Un "pattern" semble se dessiner à travers la répartition verticale et horizontale des pierres éclatées, des ossements, du sol rubéfié et du matériel lithique dans les quadrants nord-est et sud-est de l'aire de fouille. Nous sommes porté à croire que ces vestiges font parti d'une même structure de foyer.

D'autres traces de foyer furent mis au jour le long du mur nord du quadrant nord-est dans le sol minéral, entre 13-18 cm de profondeur. Il s'agit essentiellement d'une poche de charbon de bois de 5 cm d'épaisseur assise sur un sol rubéfié. Aucun ossement n'était associé à ces vestiges, mais 1 éclat fut découvert sous le foyer. Ce foyer partiellement excavé, serait vraisemblablement plus ancien que les deux autres mis au jour dans l'horizon organique. En effet, ces traces prennaient place sous le niveau de sable rubéfié identifié dans la partie supérieure du sol minéral.

La découverte de trois foyers à l'intérieur de ce puits en association avec 55 éclats, 5 unifaces, 2 nucléi et la variabilité des matières premières lithiques présentent, nous soulignent tout le potentiel archéologique de ce site. L'association de matériaux lithiques tels l'argilite silicifiée, le chert gris et le grès à du "vesicular clinker" et à du tuf noir nous apparaît aussi intéressant. Soulignons aussi que les 3 rapides sondages effectués immédiatement à l'est de l'aire de fouille ont tous livré du matériel archéologique. En outre, un grattoir complet en quartzite blanc fut découvert dans le sondage #3 et des ossements calcinés et écrus dans le sondage #2.

Des travaux additionnelles furent effectués sur ce site en 1992.