
L'Arctique tire son nom du mot grec arctos qui signifie ours, car
cette région est située sous la Grande Ourse. Pour le géographe
moderne, elle peut se définir de deux façons. L'une prend une
connotation astronomique, car le cercle arctique, à 66 degrés 30
minutes Nord, correspond à la latitude la plus basse où le soleil
brille 24 heures sur 24 au solstice d'été. En d'autres mots,
l'Arctique est le pays du soleil de minuit. L'autre façon revêt une
connotation végétale; l'Arctique se situe au nord de la limite des
arbres, dans une région où les températures estivales sont trop
froides pour permettre la croissance des arbres. Des deux
définitions, seulement une, celle qui revêt une connotation
végétale, est appropriée à la région de la basse vallée du
Mackenzie. Le Cercle Arctique passe par des territoires boisés, au
sud d'établissements subarctiques comme le Fort MacPherson et
Tsiigehtchic (autrefois Arctic Red River). La limite des arbres se
trouve plus au nord, atteignant la région des marées dans la
branche occidentale du Mackenzie, et même les hauts lacs Eskimo. Au
nord se trouve l'Arctique, le pays des Inuvialuit.
L'extrémité la plus occidentale de l'Arctique canadien est divisée
en deux par le fleuve Mackenzie (Mackay 1963). À l'ouest, dans le
nord du Yukon, s'étirent les austères montagnes de Richardson et
leur piedmont, prolongation la plus nordique des Rocheuses se
rendant presque à la mer. En face d'eux se trouve une plaine
côtière, basse et étroite, coupée par quelques rivières à débit
rapide comme la Firth, la Babbage, et la Blow. À l'est du Mackenzie
se trouve la péninsule de Tuktoyaktuk, basse et parsemée d'étangs,
limitée au sud par les lacs Eskimo (Rampton 1988). Ces soi-disants
lacs sont en fait un bras de la mer qui pénètre à l'intérieur
depuis la baie de Liverpool à l'est et qui se rend non loin du
fleuve Mackenzie. Des avances de glaciers y ont laissé des vestiges de
la période glaciaire sous forme d'élévations allongées s'avancant des rives
pour former plusieurs bassins, créant l'impression de lacs.
À l'est des lacs, la rivière Anderson, la deuxième en importance
dans la région, coule vers le nord dans la baie Wood au pied de la
péninsule du Cape Bathurst, pointe en forme de pouce qui empiète
vers le nord sur la mer Arctique (Mackay 1958). La péninsule est en
grande partie drainée par la rivière Horton, la rivière navigable
la plus septentrionale du continent nord-américain. Autrefois, la
Horton coulait vers le nord et vers l'ouest pour se jeter dans la
baie Harrowby sur le côté ouest de la péninsule de Cape Bathurst.
Mais il y a quelques centaines d'années, elle a défoncé un barrage
que formaient des basses collines d'alluvions à l'est. Maintenant
elle se déverse dans la baie de Franklin, laissant une série
révélatrice de méandres stagnants qui marquent son ancien lit
(Mackay 1981). Les collines alluviales qu'elle traverse font partie
des célèbres Smoking Hills, à forte teneur de soufre et d'autres
matériaux combustibles qui brûlent à différents endroits depuis des
milliers d'années (Mathews and Bustin 1982; Yorath et al. 1975).
Exception faite des montagnes de Richarson et des Smoking Hills, presque tout l'ouest de l'Arctique canadien est comparativement plat et bas, recouvert de dépôts épais d'alluvion. Ce n'est nulle part aussi vrai que dans le delta du Mackenzie même, vaste marais situé à quelques mètres à peine au- dessus du niveau de la mer, parsemé d'étangs et traversé par des ruisseaux aux méandres innombrables (Mackay 1963). Pour un voyageur d'été, il présente un labyrinthe presque inextricable où seuls les habitués de longue date peuvent trouver leur chemin. Inuvik, la ville la plus grande de la région, et Aklavik, la plus ancienne, se situent toutes les deux sur ou dans le delta, partiellement parce que le piégeage au rat musqué y est excellent. Mais les autres ressources animales sont faibles de telle sorte que le delta du Mackenzie était peu occupé jusqu'à l'avènement de l'industrie du piégeage à la fin du dix-neuvième siècle.