Numéro thématique :
Travaux archéologiques récents sur les Hurons-Wendat et les Iroquoiens du Saint-Laurent
rédacteurs invitées: Alicia L. Hawkins,
Christian Gates St-Pierre et Louis Lesage
Christian Gates St-Pierre1, Alicia L. Hawkins2, and Louis Lesage3
Christian Gates St-Pierre1, Alicia L. Hawkins2 et Louis Lesage3
Heather Walder1 and Stéphane Noël2
Glass trade beads recovered during the 2018 excavations of the Notre-Dame-de-Lorette Mission Site (CeEu-11), the site of a c. 1673–1697 Huron-Wendat village at L’Ancienne-Lorette (Quebec), were analyzed using Laser Ablation - Inductively Coupled Plasma - Mass Spectrometry (LA-ICP-MS). This minimally invasive analysis, conducted with permission from the Huron-Wendat Nation of Quebec, provides information about glass bead recipes that can be compared to other known samples from across eastern North America. This paper presents compositional analysis results for 78 artifacts (mainly simple, drawn varieties of blue and white beads) and compares the L’Ancienne-Lorette glass bead compositions to those from other seventeenth-century Wendat archaeological sites in the Western Great Lakes and in Southern Ontario. These sites were occupied both prior to and after the ca. 1650 dispersal of Huron-Wendat people from Wendake. From this research, historic Wendat trade networks and population movements can be inferred.
Des perles de verre provenant des fouilles de 2018 sur le site de la mission Notre-Dame-de-Lorette (CeEu-11), à L’Ancienne-Lorette (Québec), ont fait l’objet d’une analyse par spectrométrie de masse couplée à l’ablation au laser (LA-ICP-MS). Cette analyse peu destructrice, réalisée avec l’accord de la Nation huronne-wendat, a fournie des informations sur les recettes de verre utilisées dans la fabrication des perles, et peuvent être comparées à d’autres échantillons analysés dans l’est de l’Amérique du Nord. Cet article présente les résultats de l’analyse chimique de 78 perles de verre (principalement des perles bleues et blanches simples et étirées) et compare celles trouvées à L’Ancienne-Lorette avec d’autres perles provenant de sites Huron-Wendats du 17e siècle à l’ouest des Grands Lacs et dans le sud de l’Ontario. Ces sites ont été occupés avant et après la dispersion (v. 1650) du peuple Huron-Wendat. Cette recherche permet de mieux comprendre les réseaux d’échanges et les mouvements de populations des Hurons-Wendats au 17e siècle.
Bonnie Glencross1, Gary Warrick2, and Beatrice Fletcher3
Since 2014, the Tay Point Archaeology Project has actively investigated Ahatsistari (BeGx-76) and Chew (BeGx-9), two Huron-Wendat village sites. Archaeological and historical evidence suggest Ahatsistari and Chew are good candidates for the historically referenced villages of Carhagouha and Quieunonascaran respectively, visited by the French ca. 1615–1616 CE and 1623–1624 CE. The geographic locations, inter-village distances, and sizes of Ahatsistari and Chew correspond with historic accounts of Carhagouha and Quieunonascaran. Recovered European-made artifacts securely date Ahatsistari to the first quarter and Chew to the second quarter of the seventeenth century, matching the recorded occupations of Carhagouha and Quieunonascaran. Exceptionally high glass bead densities and unusual European trade items point to intense trade between the French and Huron-Wendat and the presence of notable European visitors at Ahatsistari. Still to be located at Ahatsistari are a triple palisade and small cabin outside the village of Carhagouha that was occupied by Samuel de Champlain, Recollect friar Joseph Le Caron, and French traders.
Depuis 2014, le Projet Archéologique de Tay Point a enquêté sur les sites d’Ahatsistari (BeGx-76) et Chew (BeGx-9), deux villages Hurons-Wendat. Les recherches archéologiques et historiques suggèrent qu’Ahatsistari et Chew sont des bons candidats pour les villages historiquement référencés de Carhagouha et Quieunonascaran visité par les français A.D. 1615–1616 et 1623–1624. Les emplacements géographiques, les distances entre les villages, et les superficies d’Ahatsistari et de Chew correspondent aux récits ethnohistoriques de Carhagouha et de Quieunonascaran. Des artefacts récupérés de fabrication européenne datent Ahatsistari au premier quart et Chew du deuxième quart du XVIIe siècle. Ces dates cadrent bien aux occupations suggérées pour Carhagouha et Quieunonascaran. Des densités de perles de verre exceptionnellement élevées et des articles européens indiquent un commerce intense entre les Français et les Hurons-Wendat et la présence de visiteurs européens notables à Ahatsistari. La triple palissade et la petite cabane à l’extérieur du village de Carhagouha qui était occupée par Samuel de Champlain, le prêtre Joseph Le Caron, et les commerçants Français restent encore à trouver.
Susan Dermarkar
The recent interpretation of ceramic types as fluid and relational (Fowler 2017) has facilitated their use in the exploration of relational identity. In this study, ceramics from the fifteenth-century southern Ontario Iroquoian Keffer (AkGv-14) village are employed in the exploration of matrilineal, matrilocal household self-identification as seen through ceramic communities of practice. The Keffer assemblage is separated into two categories; local tradition ceramics which I suggest represent genealogies of family practice, and non-local tradition pottery, which I propose communicates contemporary relations and long distance interaction. In addition, a new, third category of ceramics is proposed “emergent vessels.” Emergent ceramics are materialized in two separate and distinct vessel forms in the collection, the Everted Lip and North Shore Durfee Underlined. Their sudden and geographically restricted materialization reflects the equally sudden appearance of newly emergent facets of the polyvalent identities of potting communities as seen at Keffer and other north shore sites. The short-term production and use of these emergent ceramics attests to the quickly diminishing importance of these new emergent aspects of identity while the ceramics of the latest village occupations verify the endurance and gradual transformation of those facets of identity tied to family genealogy and long distance interaction.
L’interprétation récente des types de céramiques comme étant fluides et relationnels a facilité leur utilisation dans l’exploration de l’identité relationnelle. Dans cette étude, les céramiques du village iroquoien Keffer (AkGv-14) situé au sud de l’Ontario et datant du XVe siècle permettent d’explorer l’auto-identification des ménages matrilinéaires et matrilocaux à travers les communautés de pratique de la céramique. L’assemblage du site Keffer est divisé en deux catégories. Je suggère que la céramique de tradition locale représente des généalogies de pratiques familiales et que celle de tradition non locale exprime des relations contemporaines et des interactions sur de longues distances. De plus, une nouvelle troisième catégorie de céramiques est également proposée, des vases « émergents ». Deux formes distinctes de céramiques émergentes sont matérialisées dans la collection : la lèvre retournée et Durfee Underlined de la rive nord du Lac Ontario. La matérialisation soudaine et géographiquement restreinte de ces vases reflète l’apparition tout aussi soudaine de facettes émergentes des identités polyvalentes des communautés de potières, telles qu’observées à Keffer et sur d’autres sites de la rive nord. La brève durée de production et d’utilisation de ces céramiques émergentes témoigne de l’importance rapidement décroissante de ces nouveaux aspects identitaires émergents, tandis que les céramiques des plus récentes occupations villageoises témoignent de l’endurance et de la transformation progressive des facettes identitaires liées à la généalogie familiale et aux interactions de longues distances.
Alicia L. Hawkins1, Gregory V. Braun1, Amy St. John2, Louis Lesage3, and Joseph A. Petrus4
High collared pottery rim sherds from sites designated as Huron-Wendat and St. Lawrence Iroquoian are analysed using a community of practice approach. Using several analytical methods on the same ceramic sherds, we aimed to determine the technological choices made by potters. We focused specifically on clay selection, temper selection and processing, preparation of the clay body and formation of the rim. Our findings demonstrate that for each step in the production process there are a range of practices represented within the study region. However, comparison with adjacent areas and earlier periods shows that there is consistency in technological choices that are specific to our study area. We argue that this is consistent with connections between the pottery making traditions in the Simcoe Uplands in Ontario and the St. Lawrence Valley areas. As traditions were maintained by people, so we envision connected communities across the study area.
Des tessons de poterie à haut parement provenant de sites désignés comme étant « Huron-Wendat » et « Iroquoiens du Saint-Laurent » sont analysés en utilisant une approche basée sur le concept de communauté de pratique. En appliquant plusieurs méthodes d’analyse aux tessons, nous avons cherché à déterminer les choix technologiques des potiers. Nous nous sommes concentrés spécifiquement sur la sélection de l’argile, la sélection et le traitement des dégraissants, la préparation du corps du vase et la formation du parement. Nos résultats démontrent que pour chaque étape de production, il existe une gamme de pratiques observées dans la région d’étude. Cependant, par comparaison avec des zones adjacentes et des périodes différentes, nos résultats démontrent qu’il existe une cohérence dans les choix technologiques propres à notre zone d’étude. Nous soutenons que ces observations suggèrent une connexion entre les traditions de fabrication de poterie dans les régions Simcoe Uplands en Ontario et dans la vallée du St-Laurent. Comme les traditions étaient maintenues par les gens, nous constatons des communautés en relations entre elles dans la zone d’étude.
Christian Gates St-Pierre1, Suzanne Needs-Howarth2, and Marie-Ève Boisvert1
The Quackenbush site (BdGm-l) is located in what is now Ontario, at the northeastern limit of the area known to have been occupied by the Huron-Wendat pre-dispersal and visited by the Anishinaabeg of the Canadian Shield. Excavations of portions of the site half a century ago uncovered parts of three longhouses and midden deposits. We generated the data presented here as part of a larger scholarly effort aimed at analyzing and writing up all of the material culture from the site. We investigate ways in which faunal remains can be used to inform on the nature of the activities conducted at the site and to trace past interactions between the site’s occupants and people living on the Canadian Shield and in the St. Lawrence Valley at that time, finding tentative evidence for the former and more conclusive evidence for the latter. We hypothesize that people originating from the St. Lawrence Valley were present at the Quackenbush site and making bone artifacts as a way of maintaining or negotiating identity.
Le site Quackenbush (BdGm-1) est situé à la limite septentrionale de ce qui correspond à la région ontarienne occupée par les Hurons-Wendat avant leur dispersion historique et visitée par les Anishinaabeg du Bouclier canadien. La fouille partielle du site il y a un demi-siècle a révélé la présence de trois maisons-longues et de dépotoirs. Les données présentées ici proviennent d’un large effort collectif visant l’analyse et la publication des données portant sur la culture matérielle du site. Nous y examinons de quelles manières les assemblages fauniques travaillés et non travaillés peuvent être utilisées pour documenter les activités menées sur le site et pour retracer les interactions entre les habitants du site et les populations autochtones du Bouclier canadien et de la vallée du Saint-Laurent à cette époque. Les données sont plus éloquentes pour les secondes que pour les premières. Elles semblent indiquer que des individus provenant de la vallée du Saint-Laurent ont été présents au site Quackenbush et y ont fabriqué des objets en os dont les styles ont servi à maintenir ou à négocier leur identité dans leur nouvelle communauté d’accueil.
Jonathan Micon1, Jennifer Birch1, Ronald F. Williamson2, and Louis Lesage3
In this paper, we consider how institutions of kinship facilitated the integration of peoples originating in the St. Lawrence Valley into ancestral Huron-Wendat communities in the fifteenth and sixteenth centuries AD. We present some general principles regarding the role of kinship in structuring social relations, processes of population movement, and the integration of newcomers. Data on the distributions and frequencies of characteristic St. Lawrence Iroquoian artifacts on four ancestral Huron-Wendat village sites in Ontario, Canada are utilized to infer the scale of population movement and processes of incorporation into lineages and clan segments. We argue that interpretive frameworks that explicitly incorporate categories and institutions of relatedness with traditional material culture analyses can shed new light on how groups of newcomers of varying scale and composition were integrated into Huron-Wendat households and communities.
Dans cet article nous examinons comment les institutions de parenté ont facilité l’intégration des peuples originaires de la vallée du St-Laurent dans des communautés ancestrales Huronnes-Wendat pendant les 15e et 16e siècles. Nous présentons des principes généraux qui utilisent le rôle de la parenté pour structurer des relations sociales, des processus de mouvement de population et d’intégration des nouveaux arrivants. Les données sur la distribution et la fréquence des artefacts Iroquoiens caractéristiques de la vallée du Saint-Laurent dans quatre villages ancestraux Hurons-Wendat en Ontario, au Canada, sont utilisées pour déduire l’échelle des mouvements de population et les processus d’incorporation dans les lignées et les segments de clan Hurons-Wendat. Nous soutenons que les cadres d’interprétation qui intègrent explicitement des catégories et des institutions de parenté en utilisant des analyses de la culturelle matérielle traditionnelle peuvent apporter un nouveau regard sur l’étude des nouveaux arrivants à différentes échelles et de compositions dans la société Huronne-Wendat.
Timothy J. Abel1
Recent Bayesian modeling of new high-precision AMS dates has caused a revision of the Iroquoian chronology of northern New York. The Iroquoian occupation is now estimated to date between AD 1425–1520, with no good evidence for developmental precursors in the region. The more than 50 village components in the region must now fit into almost half the temporal span as previously believed. All the settlement clusters now seem to have been contemporary and dual village settlement for some of the clusters now seems likely. For the ceramic seriation to remain true, one of the cluster sequences must be chronologically reversed, having significant implications for its culture history. Finally, while their dispersal from northern New York remains complex, it must be rethought considering the new chronology.
De récentes modélisations bayésiennes utilisant de nouvelles datations AMS de haute précision ont mené à une révision de la chronologie iroquoienne du nord de l’État de New York. La présence iroquoienne est maintenant datée entre les années 1425 et 1520 de notre ère, et sans aucuns indices liés au développement in situ dans la région. Plus de cinquante sites villageois identifiés dans la région doivent maintenant être placés dans un cadre temporel réduit de moitié par rapport à celui que les archéologues utilisaient auparavant. Tous les regroupements de sites semblent maintenant être contemporains et un mode d’occupation à deux villages contemporains pour certaines concentrations de sites semble probable. Afin de maintenir la validité de la sériation céramique des sites, il faudra inverser chronologiquement une des séquences d’occupation des villages, ce qui implique des changements importants pour l’histoire culturelle de la région. Finalement, bien que la dispersion de ces groupes iroquoiens de la région septentrionale de l’État de New York demeure une question complexe, il faudra la repenser à la lumière de ces nouvelles données chronologiques.
Claude Chapdelaine1
The Saint-Anicet region has received continuous archaeological attention between 1992 and 2017, resulting in a large dataset on three village sites. The McDonald, Droulers, and Mailhot-Curran sites represent a local sequence covering the fourteenth to the sixteenth centuries. The material culture, specifically remains of longhouses, corn cultivation, and a rich ceramic assemblage, clearly indicates an Iroquoian identity. While the main goal of fieldwork was to build a social archaeology based on the extensive excavation of longhouses, fieldwork was guided by the conviction that Saint-Anicet Iroquoians were members of a distinct group, identified as St. Lawrence Iroquoians by archaeologists. This study will review the data and arguments supporting this specific cultural identity while problems linked to this identity building will be acknowledged.
La région de Saint-Anicet a connu une longue phase d’acquisition de données sur trois sites villageois entre 1992 et 2017. Les sites McDonald, Droulers et Mailhot-Curran constituent une séquence régionale s’étendant du XIVe au XVIe siècles. La majorité des indices matériels et en particulier la présence de maisons-longues, l’importance de la culture du maïs et d’un riche corpus céramique indiquent sans équivoque une identité iroquoienne. Tout en voulant contribuer à une archéologie sociale des communautés en privilégiant la fouille extensive des maisons-longues, les interventions étaient guidées par une conviction selon laquelle les Iroquoiens de Saint-Anicet appartiennent à un groupe distinct que les archéologues identifient aux Iroquoiens du Saint-Laurent. Cette étude a pour but de présenter les données et les arguments menant à cette identification culturelle précise tout en essayant d’identifier les problèmes liés à cette construction identitaire.
Jesseca Paquette1, Isabelle Ribot1, Christian Gates St-Pierre1, Christine Zachary-Deom2, and Gaetan Nolet2
This paper presents the preliminary results of a project initiated by the Mohawk Council of Kahnawa:ke and the Groupe de recherche ArchéoSociale/ArchéoScience (Université de Montréal) to create a database of archaeological sites in Quebec that included Indigenous human remains. This document will be a useful tool for the repatriation/rematriation process. Using existing inventories, the database collated various data points for each site, such as the Borden code, location, date, minimal number of individuals (MNI), location of remains, reports, etc. Three site categories were identified: 1) those describing the discovery of human remains associated with Indigenous people (103 sites); 2) those without skeletal remains despite mentioning the presence of burial(s) (8 sites); and 3) those not reporting any information (81 sites). From these sites, information on more than 678 individuals have been collected so far. Site mapping has allowed the visualization of site distribution spatially and through time. Further research is needed to clarify the cultural affiliation and the storage location of these human remains.
Cet article présente les résultats préliminaires d’un projet initié par le Conseil Mohawk de Kahnawa:ke et le Groupe de recherche ArchéoSociale/ArchéoScience (AS2; Université de Montréal) pour créer un inventaire des sites archéologiques du Québec ayant livré des restes humains appartenant aux peuples autochtones, et ainsi développer un outil utile pour le processus de rapatriation/ramatriation. En utilisant des inventaires existants, la banque de données a regroupé des informations variées pour chaque site, tels que le code Borden, la localisation, la date, le nombre minimum d’individus, le lieu de dépôt des restes, les rapports d’intervention, etc. Trois catégories de site ont été identifiés : 1) ceux qui décrivent la découverte de restes humains associés aux populations autochtones (103 sites); 2) ceux qui contiennent aucun reste humain malgré la mention de sépultures (8 sites); et 3) ceux qui ne rapportent aucune information (81 sites). Plus de 678 squelettes humains provenant de ces sites ont été répertoriés jusqu’à présent. La cartographie des sites a permis de visualiser leur distribution à travers le temps et l’espace. Les recherches futures nécessiteraient de clarifier certaines affiliations culturelles et le lieu de dépôt des restes humains.
La consultation et le téléchargement des textes intégraux sont limités aux membres de l’ACA [Identifiant]. Abonnez-vous dès aujourd’hui à l’ACA et vous bénéficierez de ces avantages et plusieurs autres.
Le Journal canadien d'archéologie est publiée de l'Association canadienne d'archéologie.
Aspen Woods Postal OutletBox 15075, Calgary, AB T3H 0N8 Canada
ISSN: 0705-2006 (print)
ISSN: 2816-2293 (online)