L’ARCHÉOLOGIE, ÇA COMPTE !
Au Canada, l’archéologie et le secteur du patrimoine sont confrontés à des difficultés générationnelles en ce qui concerne la réglementation, la protection et le financement du travail que nous faisons. Les différents niveaux de gouvernement, tant fédéral que provincial/territorial (par exemple Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Ontario, Alberta et Colombie Britannique) ont promulgué des lois ou des budgets visant à rationaliser le développement et a déréguler les protections environnementales (et avec celles-ci, potentiellement, les protections archéologiques) ; ils ont effectué des coupes budgétaires dans les programmes patrimoniaux, et prévu de supprimer des sites de données patrimoniales essentielles de l’Internet. De pair avec ces coupes gouvernementales, l’amenuisement constant du financement des institutions post-secondaires fragilise les bases de l’enseignement et de la recherche en archéologie. Ces coupes dans le patrimoine et l’enseignement post-secondaire ne se produisent pas isolément : les gouvernements, à travers tout le spectre politique, ont adopté restrictions fiscales et politiques comptables. Ces changements, de philosophie et de financement, sont symptomatiques des pressions que subit l’économie canadienne dans la foulée du réalignement spectaculaire de nos relations économiques mondiales et, en particulier, du retournement des relations entre le Canada et les États-Unis. Tout cela a eu plus largement pour résultat cet éloignement philosophique du financement des institutions et des organismes qui promeuvent, protègent et présentent les identités canadiennes à travers les arts, la culture et le patrimoine.
L'Association canadienne d’archéologie-Canadian Archaeological Association (ACA-CAA) est à l’écoute des préoccupations de ses membres, et des effets concrets de ces changements à travers tout le pays et dans notre travail avec nos partenaires du secteur du patrimoine. Nous passons à l’action. À l’automne 2025, l’ACA-CAA s’est jointe à la Conférence de la Fiducie nationale, dont le thème était « Le patrimoine maintenant ! », et a signé la Déclaration d’Halifax. L’ACA-CAA œuvre également avec la Fiducie nationale à des initiatives pour préserver le Répertoire canadien des lieux patrimoniaux, et soutient ses partenaires de l’Association canadienne d’archéologie professionnelle qui fait pression sur le gouvernement pour abroger les changements législatifs. En 2025, nous avons envoyé une lettre de soutien à notre organisation sœur aux États-Unis, car elle subissait des coupes sans précédent dans le travail archéologique, à tous les niveaux. En outre, l’ACA-CAA a signé deux lettres pour soutenir les communications du Groupe de travail sur les sépultures non marquées auprès du gouvernement, au sujet de la diminution du financement. Ces lettres exprimaient des préoccupations, et l’avis de l'ACA-CAA est important ; cependant, comme ces changements se poursuivent, nous prévoyons de faire plus.
Aujourd’hui, nous nous adressons à nos membres de l’ACA-CAA pour comprendre comment ces changements ont affecté votre travail, vos engagements et vos collaborations. Nous savons, fondamentalement, que le patrimoine fait intrinsèquement partie de ce que nous faisons. Nous comprenons la valeur de l’archéologie et les raisons pour lesquelles elle est protégée, ainsi que l’importance de l’archéologie pour comprendre le passé, informer l’avenir, protéger et interpréter les nombreuses histoires partagées du Canada, pour les communautés de descendants, en particulier les communautés autochtones, car les archives de leur histoire reposent de plus en plus sur des contextes juridiques de droits et de titres. Mais en dépit de cela, nous, les archéologues, avons de la difficulté à faire comprendre la pertinence de notre travail, et nous devons à présent affronter l’incertitude, devant ces coupes généralisées.
C’est avec cela que l’ACA-CAA souhaite lancer des conversations avec ses membres et avec les archéologues de tout le pays, et en partenariat avec les organisations du secteur archéologique, afin de trouver le moyen de nous organiser et de contrer cet éloignement du patrimoine. En discutant directement avec nos membres et les organismes partenaires, nous voulons générer des idées et des stratégies pour mieux promouvoir et faire valoir l’importance de l’archéologie, et recourir aux réseaux existants pour davantage de capacité. En fin de compte, pour aboutir à un réinvestissement dans les programmes archéologiques et patrimoniaux, et pour ralentir ou mettre un terme aux changements de réglementations qui pourraient éliminer la nécessité de la pratique archéologique, nous pensons que nous adresser au pays de façon cohérente pourrait être efficace. Pour ce faire, nous proposons de lancer ces discussions autour des trois piliers de l’archéologie : « Les histoires que nous racontons », « La valeur économique et sociale de l’archéologie et du patrimoine » et « Notre responsabilité envers les communautés canadiennes ».
« Les histoires que nous racontons ». Ce que nous faisons en archéologie, fondamentalement, c’est raconter des histoires. Plus important peut-être, nous racontons des histoires non écrites et servons d’avocats et d’interprètes aux histoires des peuples du passé qui peuvent ne pas être connues. Nous découvrons, interprétons et décrivons des lieux dont les communautés de descendants peuvent se souvenir, ou non. Grâce à notre travail, nous mettons aussi au jour ces lieux oubliés ou inconnus, et nous assurons leur protection. Les coupes budgétaires dans les programmes d’archéologie et de patrimoine signifient que nous perdrons l’aptitude de raconter des histoires et de raconter les histoires des autres. L’amenuisement des protections du patrimoine menace la substance des histoires elles-mêmes.
« La valeur économique et sociale de l’archéologie et du patrimoine ». Beaucoup des changements que nous constatons dans le financement, la législation et la programmation sont motivés par un désir de rationalisation du développement ou de réduction des coûts ; cependant, il est tout aussi probable que cette volonté d’aller plus vite provoquera des conflits plus nombreux et une baisse de productivité. Le travail archéologique et patrimonial est un moteur économique. Des milliers de personnes sont employées au Canada dans des recherches archéologiques ou des évaluations d’impacts, dans des ministères, travaillant avec et pour les communautés autochtones et plus largement dans le secteur privé. Des archéologues et des gens ayant fait des études d’archéologie travaillent également dans des musées ou des sociétés historiques, lieux qui jouent un rôle crucial, entre autres, pour les communautés rurales, en y attirant les touristes.
« Notre responsabilité envers les communautés canadiennes ». Les archéologues travaillent avec et pour des communautés de structures diverses. Nous avons des responsabilités éthiques, soulignées dans les principes de l’ACA-CAA, entre autres envers le grand public, les communautés autochtones et entre nous. En réaffirmant ces engagements, nous pouvons édifier des réseaux plus solides. Grâce à notre travail, nous pouvons construire des communautés plus fortes et continuer de résoudre les problèmes générationnels culturels et sociaux.
Nous concevons chacun de ces piliers comme des lieux où lancer des conversations entre nous, ainsi qu’avec le public, les communautés et le monde politique. Nous vous invitons à vous exprimer sur ces piliers, mais aussi sur le travail que réalisent les archéologues de tout le pays dans chacun de ces domaines. Cette initiative commence par cette déclaration ; cependant, nous souhaitons élargir cette conversation lors de notre Réunion annuelle à Canmore en mai, et au-delà.
Au nom du Bureau de direction de l’ACA-CAA et du Comité de plaidoyer,
Katie Cottreau-Robins, PhD
Présidente